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Devenir médecin : un parcours exigeant mais gratifiant

Les résultats de l’orientation sont tombés : pour beaucoup, c’est la sanction d’un rêve brisé ou le début d’un parcours du combattant. Pour ceux qui ont eu la chance d’intégrer la faculté de médecine, c’est la promesse d’accéder à l’une des professions les plus prestigieuses du pays. Mais qu’est-ce que cela signifie réellement de devenir médecin en 2024 ? Et, surtout, qu’est-ce qu’un bon médecin ?

Le parcours pour devenir médecin est semé d’embûches : prérequis académiques élevés, sélection rigoureuse et une formation longue et intense. Il est souvent plus facile d’intégrer la faculté pour ceux qui ont obtenu leur baccalauréat avec mention très bien, mais devenir un médecin compétent et humain va bien au-delà des seuls critères académiques.

Être médecin n’est pas simplement un métier passionnant et valorisant en soi ; pour en être heureux et pleinement épanoui, il faut également être un bon médecin. Sans cette dimension humaine, la profession peut rapidement se transformer en une série de déceptions : pour les patients, la société et, surtout, pour le médecin lui-même. C’est pourquoi, au-delà des capacités intellectuelles, les qualités humaines doivent être un critère fondamental dans le choix des candidats.

Les qualités humaines : un défi majeur dans la formation

Un bon médecin ne se mesure pas seulement à son niveau de connaissances, mais aussi à son empathie, son sens des responsabilités et sa capacité à interagir avec les autres. Ces qualités, pourtant essentielles, sont souvent négligées dans les processus de sélection et d’évaluation des étudiants. Trop souvent, on privilégie les résultats aux examens au détriment des qualités interpersonnelles. Cela commence dès les premières années de formation, où les étudiants sont davantage évalués sur leur capacité à ingurgiter une quantité énorme d’informations que sur leur aptitude à comprendre et accompagner un patient.

Acquérir ou développer ces qualités est bien plus complexe que d’apprendre l’anatomie ou la pharmacologie. Si la médecine est une science, elle est avant tout un art, celui de traiter des êtres humains uniques, avec leurs souffrances, leurs histoires et leurs besoins émotionnels. Ce sont ces qualités humaines qui permettent au médecin de transformer son savoir en acte, d’interagir de manière positive avec ses patients et ses confrères, de maintenir une distance professionnelle tout en restant à l’écoute.

Le « Hakim » dans la cité : une figure essentielle

Le terme Hakim — utilisé dans le contexte tunisien et nord-africain — renvoie à cette figure du médecin sage, non seulement expert dans son domaine, mais aussi profondément impliqué dans sa société. Il représente cette figure respectée, à la fois guérisseur et conseiller, qui incarne la dimension morale et sociale de la profession. Aujourd’hui, devenir ce « Hakim » moderne demande bien plus qu’une maîtrise des techniques médicales : il faut aussi être capable d’intégrer un réseau interprofessionnel complexe et de jouer un rôle majeur dans la société.

Avec l’hyperspécialisation croissante, chaque médecin se retrouve à interagir avec une multitude de professionnels de santé : pharmaciens, biologistes, infirmiers, techniciens, aides-soignants, et même ouvriers. Dans ce contexte, la capacité à travailler en équipe et à collaborer devient aussi importante que la compétence technique. La défaillance de l’un de ces acteurs peut avoir des conséquences négatives sur la prise en charge des malades, ce qui rend cette dimension de l’interaction humaine encore plus cruciale.

Le cursus médical : une formation où l’humain reste trop souvent en arrière-plan

Malgré ces exigences, l’accent mis sur les compétences humaines dans le cursus de formation reste insuffisant. La médecine est perçue avant tout comme un champ académique, avec un enseignement centré sur des savoirs théoriques et des stages pratiques. Pourtant, c’est dans ces mêmes stages que les étudiants devraient pouvoir développer des compétences relationnelles, d’écoute et de communication.

Le curriculum caché, c’est-à-dire l’ensemble des apprentissages informels et souvent non structuré qui se produisent en dehors des programmes officiels, joue un rôle crucial. Il est là que se forgent les comportements, les valeurs et les attitudes professionnelles des futurs médecins. Mais ce curriculum caché n’est pas toujours favorable : il peut parfois véhiculer des modèles de dépersonnalisation, où l’étudiant devient d’abord une machine à réussir des examens, plutôt qu’un futur professionnel capable de prendre soin d’une personne.

Une formation en médecine : bien plus que de l’acquisition de connaissances

La formation médicale est avant tout un apprentissage du savoir-être, du sens du service et de l’intégrité. Loin de se limiter à la pratique clinique, elle doit inclure une réflexion éthique profonde et un développement de la personnalité. En fin de compte, ce sont les valeurs humaines — le respect absolu du patient, l’empathie, la rigueur — qui forment la base de la profession.

Les études de déontologie et les discussions éthiques sur les droits du patient ou la responsabilité du médecin sont des moments clés où les étudiants peuvent et doivent se questionner sur leur rôle. Ces réflexions doivent être encouragées dès le début de la formation, car elles permettront aux futurs médecins de rester humains face à la complexité et à la dureté de la pratique.

Le modèle canadien : une référence en matière de compétences interprofessionnelles

Le modèle canadien, qui met en avant l’acquisition de sept compétences cardinales pour être un bon médecin, est particulièrement pertinent. Ce modèle intègre, au-delà de l’expertise technique, des compétences telles que la communication, le leadership, la collaboration intra et interprofessionnelle, la recherche, la formation continue et, bien sûr, l’éthique et le professionnalisme. Ces compétences sont essentielles pour former des médecins capables de répondre aux défis contemporains de la médecine moderne.

Devenir médecin : un engagement, une responsabilité

Devenir médecin n’est pas seulement une carrière, c’est un engagement envers la société. Il ne s’agit pas d’un simple parcours académique, mais d’un processus de transformation qui forge le caractère, l’éthique et les valeurs du futur médecin. Les défis rencontrés au cours de cette formation, bien qu’éprouvants, sont nécessaires pour préparer ceux qui choisissent ce chemin à endosser la responsabilité immense de soigner et de sauver des vies.

Au final, devenir un bon Hakim, c’est un apprentissage continuel. Cela ne relève pas d’une vocation mystique, mais de la volonté d’acquérir un ensemble de compétences techniques et humaines. Ce sont ces compétences qui, une fois intégrées, permettront au médecin de remplir pleinement son rôle dans la société : soulager la souffrance, aider à la guérison et, au-delà, apporter un soutien inestimable aux patients et à leurs familles

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