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Gaza 2024 : Le Cri Étouffé d’un Peuple en Détresse

Alors que s’achève 2024, les horreurs vécues par les Palestiniens à Gaza se font plus rares dans les gros titres, au profit des sapins de Noël et des conseils culinaires sur les huîtres et le foie gras à acheter pour le réveillon. Les otages israéliens sont toujours détenus, et Gaza restera à jamais le symbole poignant du désespoir, du cynisme, de l’injustice et de l’impuissance. Le désespoir d’un peuple de réfugiés, vivant dans une prison à ciel ouvert, et désormais décrit comme un véritable cimetière d’enfants, l’un des lieux les plus proches de l’enfer sur Terre, où la population vit sous les bombes depuis 15 mois.

Le cynisme face à cette situation qui laisse indifférents les occidentaux. Ces pays donneurs de légion qui affichent de manière ostentatoire, à la moindre occasion, leur attachement aux droits humains.

L’injustice de cette guerre asymétrique entre une puissance nucléaire surarmée et un peuple colonisé depuis plus de 75 ans nous rappelle une amère vérité : la réalité de Gaza est la conséquence de conflits historiques et de luttes de pouvoir politiques. Elle met en lumière une cruelle réalité : les droits humains et la justice ne sont que des variables d’ajustement, dépendant de l’origine de la victime et de celle de l’agresseur. Une vie ne vaut pas une autre, nous le savions déjà ; désormais, cela nous est prouvé quotidiennement.

Les manifestations d’une telle indifférence envers le massacre des plus démunis rappellent ceux diffusés pour justifier la logique coloniale.

Un racisme insidieux, bien enrobé dans des discours bien ficelés mais pas toujours politiquement corrects, est distillé à longueur de journée dans des médias aux ordres.

L’immigration, l’insécurité, le terrorisme, l’islamisme, le gauchisme et bien d’autres accusations ne sont jamais loin, ils sont utilisés comme des épouvantails pour intimider tous ceux qui seraient tentés de prendre position pour les palestiniens.

Malgré les condamnations sincères, répétées et affirmées haut et fort des atrocités du 7 octobre et de la situation des otages, quiconque appelle à un cessez-le-feu est perçu comme un soutien aux terroristes.

La censure et l’autocensure entourant le génocide en cours à Gaza reflètent l’état de l’information en France.

La droite et l’extrême droite se sont emparées d’importants médias. Les regroupements impressionnants de médias entre les mains de fortunes qui affichent ouvertement des positions réactionnaires font peur. Désormais, chaque prise de position en faveur des Palestiniens est qualifiée d’antisémitisme ou d’un islamo-gauchisme supposé.

Enfin, l’impuissance des plus hautes instances internationales est manifeste. Chaque début de contestation est étouffé dans l’œuf. Les enquêtes de prestigieuses institutions comme le New York Times ou Le Monde sont qualifiées d’antisémite. Des ONG respectables, des politiciens, des artistes et des étudiants sont intimidés, craignant des répercussions avant de s’exprimer. Les rapports d’Amnesty International et d’IWatch des Nations Unies sont clairs : les habitants de Gaza semblent être des oubliés de l’humanité. 

Gaza, un territoire surpeuplé où deux millions et demi de Palestiniens vivent entassés, est le théâtre de bombardements inhumains et incessants, frappant principalement des civils, des soignants, des journalistes et des humanitaires, où 17 000 enfants ont perdu la vie sous des bombes fabriquées en Occident, tandis que le monde regarde impuissant cette chasse à l’homme.

Les équipes de Médecins Sans Frontières n’ont jamais observé un tel nombre d’enfants et d’adolescents tués ou mutilés au cours des cinquante dernières années. La poursuite de cette tragédie soulève des questions cruciales sur l’impuissance des institutions onusiennes à faire respecter les droits de l’homme et à protéger les plus vulnérables.

Le droit de veto au Conseil de sécurité des grandes puissances est devenu un blanc-seing pour les plus forts. Les États-Unis l’ont utilisé des dizaines de fois pour bloquer une résolution condamnant Israël. L’UNRWA est attaquée, certains craignant qu’il n’alimente des groupes extrémistes parce que une dizaine d’agents sur les plus de 30 000 employés ont exprimé des sympathies envers les palestiniens. Un vieux rêve des israéliens se réalise : étouffer l’UNRWA.

L’ONU, symbole de l’ordre international établi après 1945, a été le théâtre de scènes ubuesques. Lors de son discours à l’Assemblée générale des Nations Unies le 27 septembre 2024, Benyamin Nétanyahou a qualifié de « plaisanterie » les 174 résolutions condamnant Israël depuis 2014. Selon lui, l’ONU ne serait plus qu’« une farce méprisable ». Ce discours illustre le mépris de Nétanyahou et de ses alliés d’extrême droite pour l’ordre mondial.

La CPI, après avoir émis un mandat d’arrêt contre Vladimir Poutine pour crimes de guerre, a également fait de même pour Nétanyahou et son ancien ministre de la Défense, Yoav Gallant, recherchés pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité liés à la guerre à Gaza. Cette décision a été qualifiée d’« antisémite » par Nétanyahou et jugée « scandaleuse » par le président américain, Joe Biden.

En janvier, la CIJ a mis en garde Israël contre un « risque réel et imminent » de génocide et a appelé à « empêcher toute action relevant de la convention de 1948 pour la prévention et la répression du crime de génocide ».

Le gouvernement français, dans une démarche où le ridicule dispute le grotesque, a accordé une immunité à Natanyahu et continue à vendre des armes à Israël. Le Premier ministre hongrois, quant à lui, s’est empressé de l’inviter, le Congrès et le sénat américains, quelques jours auparavant, lui avaient offert une ovation debout.

Israël est actuellement dirigé par des suprémacistes racistes. Leur objectif déclaré est l’expulsion des Palestiniens de leurs terres ancestrales.

Le matraquage médiatique joue un rôle important. Des médias entre les mains de richissimes personnes aux idéologies réactionnaires affichées adoptent une ligne éditoriale partisane non dissimulée. Tout cela se déroule sous le regard complaisant de l’Union européenne, y compris de la France, qui confère à un État pratiquant l’apartheid envers ses propres citoyens arabes, un État qui affiche ouvertement une distinction entre ses citoyens en fonction de leur religion, une légitimité démocratique à travers des accords commerciaux et la vente d’armements.

L’absence de sanctions commerciales de la part des pays européens peut s’expliquer par des raisons historiques, un mélange de culpabilité liée à la Shoah et d’indifférence généralisée.

Les Occidentaux, par leur proximité culturelle avec les Israéliens, ont souvent du mal à concevoir qu’ils puissent commettre des atrocités.

L’engagement de la communauté internationale, notamment de l’Union européenne et de la France, soulève des questions. Bien que ces entités reconnaissent l’importance de protéger les droits des Palestiniens, leurs actions semblent souvent en contradiction avec leurs discours. La manière dont les médias occidentaux perçoivent ce conflit est cruciale. Les critiques envers Israël sont rapidement étiquetées comme antisémites, instaurant un climat de peur et d’autocensure qui restreint le débat public sur la guerre actuelle et les injustices historiques. Les voix qui défendent le droit d’un peuple à disposer de ses terres sont étouffées. Certains intellectuels soutiennent que la Palestine n’a jamais existé et que les Palestiniens sont une illusion, ce discours complexifiant la compréhension de la situation pour le citoyen lambda.

Cette guerre et ses conséquences s’étendent bien au-delà des frontières régionales et influencent les relations internationales dans leur ensemble.

Pour Anthony Samrani, corédacteur en chef du quotidien libanais *L’Orient-Le Jour* : « Gaza n’est pas qu’une guerre de plus. C’est un point de rupture. C’est le dernier clou dans le cercueil de l’ordre international, déjà affaibli par les événements du 11 septembre 2001. »

L’Occident s’est objectivement rendu complice de la tragédie à Gaza en oubliant que le droit à la défense revient à l’occupé, et que la colonisation étant illégale. 

L’ONU, symbole de l’ordre international établi après 1945, a été le théâtre de son propre délitement tout au long de l’année 2024.

Les alliés européens d’Israël qui prétendent soutenir la solution à deux États, ne sont plus crédibles.

L’administration Biden n’a à aucun moment œuvré pour un cessez le feu.

Gaza a rendu visible la fracture qui existait entre le sud et le nord ; le double standard est devenu évident.

L’Occident a perdu toute crédibilité auprès des populations du sud.

L’Europe et la France en particulier sont les plus grands perdants, mais elles ne réalisent pas encore l’ampleur des dégâts. Il faudra peut-être des décennies pour reconstruire l’enclave palestinienne, mais il faudra bien plus que du temps et de l’argent pour rebâtir un ordre multilatéral crédible, que les grandes puissances ont piétiné à travers ce conflit.

Et finalement, il est clair que cette dynamique destructrice est entretenue pour empêcher l’émergence d’un dialogue constructif sur la paix. 

Dès lors il devient urgent de se poser la question fatidique à qui profite cette guerre ? Qui a intérêt à ce que la paix ne s’installe pas au Moyen Orient ?

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