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Il y a un temps pour tout Monsieur Retailleau

Philippe Da Costa, Président de la Croix-Rouge française, a exprimé son inquiétude en déclarant que « l’île de Mayotte est ravagée par cette catastrophe sans précédent ».

Le cyclone Chido, le plus puissant à avoir frappé l’archipel en quatre-vingt-dix ans, a engendré des vents atteignant 220 km/h, dévastant cette région de l’océan Indien où près d’un tiers de la population vit dans des conditions précaires. Le bilan humain reste incertain, avec des dizaines de victimes dont certaines doivent être enterrées rapidement selon les rites musulmans, avant même d’être identifiées.

La Croix-Rouge rapporte que plus de 100 000 personnes se retrouvent sans abri à Mayotte, avec un risque élevé d’épidémie de choléra.

Bien que située à 8 077 kilomètres de Paris, Mayotte est une région française d’outre-mer, et donc une partie intégrante de la France.

Le cyclone a particulièrement touché Kawéni, le plus grand bidonville de France, en périphérie de Mamoudzou, abritant 20 000 habitants, dont de nombreux immigrés clandestins.

Dans ce contexte dramatique, M. Bruno Retailleau, ancien ministre de l’Intérieur, a tenu des propos indécents sur l’immigration à Mayotte, montrant un manque de sensibilité rare en politique. En cherchant à projeter une image de fermeté, il a franchi des limites éthiques. La politique devrait viser à défendre les victimes, même si elles se trouvent en situation irrégulière sur le territoire national.

Alors que les recherches pour retrouver les disparus se poursuivent, il a affirmé que « dans la maternité de Mamoudzou, un enfant naît chaque heure, et malheureusement, 74 % de ces enfants ont des mères en situation irrégulière », insinuant que cela pourrait permettre à ces enfants d’acquérir la nationalité française à leur majorité. Cette affirmation est contestée, car la loi sur l’asile et l’immigration de 2018 stipule qu’il est nécessaire de prouver qu’un des parents était en situation régulière depuis plus de trois mois au moment de la naissance. M. Retailleau a qualifié cela de « guerre hybride ».

Ses propos ont suscité une vive réaction parmi les élus locaux et la population mahoraise, déjà éprouvée par la tragédie. Les habitants craignent que ces déclarations n’aggravent la stigmatisation des familles vivant dans des conditions difficiles, alors que la situation humanitaire est déjà critique.

Actuellement, les secours affluent sur l’île, et les organisations humanitaires intensifient leurs efforts pour répondre aux besoins urgents des sinistrés. Des abris temporaires sont établis et des distributions de nourriture et d’eau potable sont organisées, bien que des défis logistiques subsistent en raison des infrastructures endommagées.

Face à cette crise, l’importance de la solidarité internationale est mise en avant, avec un appel aux dons lancé. Des pays voisins et des ONG apportent leur soutien, et des collectes de fonds sont organisées pour aider à la reconstruction. Il est crucial que la communauté internationale ne néglige pas cette catastrophe, car derrière les chiffres se cachent des vies humaines, des histoires et des rêves brisés. Espérons que certains des 340 000 donateurs de 150 pays ayant contribué à hauteur de 846 millions d’euros pour la reconstruction de Notre-Dame de Paris se mobilisent pour Mayotte.

Dans le même temps, le débat sur l’immigration à Mayotte continue d’alimenter les discussions politiques en métropole. Les élus locaux soulignent la nécessité de solutions durables et humaines, prenant en compte les réalités socio-économiques de l’île.

Une personne se disant chrétien pratiquant devrait se souvenir que l’Ancien Testament, dans l’Ecclésiaste chapitre 3, enseigne qu’il y a un temps pour chaque chose sous les cieux : un temps pour déchirer et un temps pour coudre ; un temps pour se taire et un temps pour parler ; un temps pour aimer et un temps pour haïr ; un temps pour la guerre et un temps pour la paix. M. Retailleau semble n’avoir retenu que le temps pour haïr, une triste constatation pour quelqu’un occupant une telle responsabilité.

La lutte contre l’immigration clandestine est légitime mais elle ne doit pas se faire aux dépens de la dignité humaine, surtout dans le pays qui se revendique des droits de l’homme.

Plutôt que d’exploiter un drame, le cyclone Chido, bien qu’il ait causé des destructions considérables, pourrait devenir un catalyseur pour ouvrir un dialogue sur les enjeux plus larges affectant les habitants de Mayotte et de la région.

Alors que la tempête s’est calmée, un nouveau combat commence pour les Mahorais : celui de la reconstruction et de la réaffirmation de leur identité, dans un contexte où les défis humanitaires et migratoires se croisent inéluctablement. Ces enjeux doivent être traités avec humanité et compassion.

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