La Chmata : La Joie du Malheur des Autres, un Miroir de Nos Propres Ombres

Le phénomène de la chmata, ou schadenfreude en allemand, désigne le plaisir éprouvé face aux malheurs d’autrui. Il s’agit d’une réalité émotionnelle à la fois complexe et paradoxale.

Dans le contexte actuel de notre société et de nos médias, les figures politiques, en particulier les leaders, semblent cultiver ce sentiment. Cette forme de réjouissance malsaine liée à la chute de personnes qui ont réussi, doit être systématiquement et fermement dénoncé car il nuit à la cohésion sociale, car il ne valorise pas l’individu. La présomption d’innocence est systématiquement bafouée en ce moment, et les rumeurs prennent le pas sur la vérité et peu importe que la personne concernée soit finalement innocentée, nul ne lui rendra justice. L’essentiel devient alors de se délecter de sa déchéance. Toute réussite, sportive, artistique, sociale, académique, professionnelle est devenue suspecte.

Ce sentiment, généralement ressenti par ceux qui ont échoué, peut être perçu comme une forme de vengeance sociale. Les injustices sociales, l’iniquité, la corruption sont des réalités, beaucoup de ceux qui ont réussi n’ont pas toujours été honnêtes, et ressentir une forme de jalousie face à quelqu’un qu’on estime moins doué que soi est compréhensible mais se réjouir de sa chute n’est pas acceptable, surtout quand ce sentiment devient un phénomène de société. Cela revient à cultiver la haine des élites mais en même temps à cultiver la culture de la médiocrité.

La chmata est influencée par des facteurs socioculturels. Dans des sociétés où la compétition est valorisée, les succès individuels sont scrutés et mis en avant. À l’inverse, dans des contextes où la culture de l’échec prévaut, le succès de l’autre est perçu comme une injustice. Les médias, en amplifiant scandales et revers, jouent un rôle crucial dans ce phénomène, exacerbant le désir de se réjouir des échecs d’autrui.

A l’échelle individuelle l’’impact de la chmata est variable. Certaines personnes, en raison de leur personnalité ou de leurs expériences passées, peuvent être plus susceptibles de ressentir cette émotion. Ainsi, ceux ayant été toute leur vie victimes d’injustices sociales peuvent trouver un réconfort temporaire dans le malheur des autres. On peut le comprendre mais pas l’encourager.

L’envie et le ressentiment sont des moteurs de la chmata. Pour ceux qui ont longtemps jalousé autrui, parfois sans le réaliser, la détresse de cette personne peut sembler une forme de revanche. Bien que ce moment d’euphorie soit éphémère, il donne l’illusion d’un rétablissement de l’équilibre, sans toutefois conduire à une satisfaction durable.

A l’échelle d’une société comme la nôtre, la chmata s’inscrit dans une dynamique sociale négative, destructrice. C’est une forme d’expression du populisme régnant. Elle n’aide pas à lutter pour une société plus équitable, bien au contraire. En observant l’échec ou la souffrance d’autrui, certains les utilisent comme des trophées de guerre et se complaisent dans une forme de soulagement, une satisfaction qui assouvit leur besoin de vengeance sociale chez les opprimés. Ce phénomène est prégnant en période de difficultés personnelles, professionnelles ou sociales, il endort, il inhibe les énergies positives, le désir de lutter pour une plus grande justice sociale.

Un autre élément à considérer est la quête de validation. En mettant en lumière la chute d’un puissant, certains cherchent à justifier leurs propres choix, renforçant ainsi leur conviction d’avoir pris le bon chemin. Cependant, cette jouissance est souvent passagère, ne peut qu’engendrer des conséquences néfastes sur tous les plans.

Il est crucial de comprendre que cette satisfaction éphémère ne fait que masquer des émotions plus profondes telles que l’insatisfaction, la tristesse ou la solitude. Il est donc essentiel d’explorer ces motivations et de travailler à transformer ces sentiments en énergies positives. Plutôt que de se réjouir des échecs d’autrui, il serait plus constructif de contribuer à la création d’un environnement favorable à l’épanouissement de chacun.

Une vie épanouissante passe par l’introspection et le développement de relations basées sur la compréhension mutuelle et la solidarité. Il est temps de devenir pleinement maître de notre destinée. Favoriser l’empathie et la bienveillance est crucial pour transcender ces émotions et bâtir des relations plus constructives et enrichissantes.

Il est impératif de lutter contre la facilité et notre propre complicité dans ce cycle. Par notre apathie, notre indifférence ou notre peur, nous alimentons le système qui nous opprime. Le désir de liberté doit surpasser la peur de l’inconnu. En nous concentrant sur les malheurs d’autrui, nous risquons de négliger nos propres luttes et d’entraver notre quête de liberté.

En cultivant une attitude de soutien et de bienveillance, nous avons la capacité de transformer notre rapport aux autres et de favoriser une communauté plus harmonieuse, où le succès de chacun est célébré comme une victoire collective.

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