Relire « Xala » de Sembene Ousmane est un plaisir renouvelé. A travers un récit passionnant, l’auteur pousse à une véritable introspection collective dans nos sociétés africaines post-coloniales. Il pose un diagnostic sans concession sur les maux qui rongent la société sénégalaise pour enfin proposer une transformation authentique à travers un retour aux valeurs fondamentales de solidarité, d’égalité et de justice. A travers ce récit il tente de réhabiliter la « culture africaine » et à « briser les silences de l’histoire officielle », en mettant en lumière les réalités vécues par la société sénégalaise et plus largement africaines, souvent occultées.
Il est classique d’aborder les mutations sociales post-coloniales des sociétés africaines sans tenir compte du vécu colonial. Pourtant ce passé a et impacte encore le présent. Comment bâtir un avenir qui soit à la fois respectueux des traditions et ouvert sur le monde ? Les évolutions politiques, économiques et sociales de jeunes pays, tellement différents mais tellement semblables ne peuvent pas être détachées d’une histoire récente, faite de nouvelles frontières tracées sans tenir compte des réalités ethniques, d’une langue imposée, d’une religion, de tenues vestimentaires et même de changement dans les habitudes alimentaires. Cette introspection doit s’accompagner d’une appropriation des nouvelles générations qui héritent de ce passé complexe et ce présent trouble, de l’histoire et de la culture pré colonisation de leurs sociétés. C’est là un défi majeur pour les sociétés africaines, qui doivent naviguer entre modernité et héritage, tout en aspirant à une justice sociale authentique et à un développement inclusif.
L’Afrique, continent riche en diversité culturelle et historique, se trouve à un carrefour crucial dans sa quête de démocratie. Bien que de nombreux pays aient adopté des constitutions et des discours politiques promettant des principes démocratiques, la réalité est souvent bien différente. Sous le vernis de ces déclarations, de nombreuses démocraties africaines se révèlent être des simulacres, cachant des pratiques autoritaires qui piétinent les droits fondamentaux des citoyens.
Les origines des démocraties factices
Les premières décennies suivant les indépendances africaines ont été marquées par l’omniprésence de partis uniques, souvent fondés par des « Pères fondateurs » : Ahmed Ben Bella, Ahmed Sékou Touré, Félix Houphouët-Boigny, Habib Bourguiba, Jomo Kenyatta, Julius Nyerere, Kenneth Kaunda, Kwame Nkrumah, Léopold Sédar Senghor, Milton Obote, Mobido Keita, Moktar Ould Daddah… ces pères fondateurs étaient mus par une obsession l’unité nationale. Ils voulaient bâtir des nations sur le modèle occidental, ce faisant, ils ont négligé les diversités ethniques, religieuses et culturelles des sociétés africaines. Ils ont essayé d’imposer des changements superficiels, des constitutions en promettant des droits fondamentaux qu’ils ont aussitôt ignorées dans les faits. Beaucoup de ces grands hommes ont fini en prison ou en exil, reversés par des coups d’état militaires qui ont ouvert un cycle infernal de putschs et parfois de guerres civiles.
Complicité des puissances occidentales
La complicité des puissances occidentales, qui soutiennent des régimes autoritaires pour des raisons stratégiques ou économiques a fait un tort terrible à ces jeunes nations. Pendant la Guerre froide, l’Afrique est devenue un terrain de jeu pour les grandes puissances, qui ont souvent préféré soutenir des dictateurs plutôt que de promouvoir des réformes démocratiques. Cette alliance entre certains dirigeants africains et des puissances étrangères a contribué à pérenniser des systèmes autoritaires, au détriment des aspirations populaires.
Ces régimes, souvent corrompus et répressifs, ont utilisé la répression pour étouffer toute voix dissidente, tout en bénéficiant de l’appui militaire et financier de leurs partenaires occidentaux. Les ressources naturelles des pays africains ont été exploitées sans discernement, alimentant non seulement les caisses des élites locales, mais aussi celles des entreprises multinationales et des gouvernements étrangers. Ce pillage économique a exacerbé les inégalités et freiné le développement durable, laissant une grande partie de la population dans la pauvreté. Parallèlement, la jeunesse africaine, avide de changement et de justice sociale, a souvent été confrontée à des violences policières et à des arrestations arbitraires lorsqu’elle s’est mobilisée pour revendiquer ses droits. Les mouvements populaires, tels que le Printemps arabe et les manifestations de la société civile, ont démontré que malgré la répression, un désir de démocratie et de gouvernance responsable persistait. Cependant, ces luttes sont souvent étouffées dans l’œuf en raison du manque de soutien international véritable et de l’absence de pression sur les régimes autoritaires.
La résistance et l’espoir
Malgré ce tableau sombre, des lueurs d’espoir émergent. Aujourd’hui, alors que certaines nations africaines cherchent à redéfinir leur trajectoire politique et économique, il est crucial que les puissances occidentales reconsidèrent leurs alliances. Soutenir des gouvernements qui défendent réellement la démocratie, les droits de l’homme et le développement durable doit être une priorité. Cela pourrait non seulement favoriser une stabilité à long terme sur le continent, mais aussi offrir à ces jeunes nations l’opportunité de réaliser leur potentiel et de construire un avenir meilleur pour leurs citoyens. Les mouvements populaires, comme ceux observés au Burkina Faso et en Afrique du Sud, témoignent d’une volonté collective de revendiquer des droits démocratiques. Des pays comme le Ghana ont réussi à établir des systèmes démocratiques solides, prouvant qu’il est possible de construire des institutions respectueuses des droits humains.
Pour que la démocratie en Afrique ne soit pas qu’un simple vernis, il est crucial d’embrasser une démocratie authentique, ancrée dans les réalités culturelles et sociales du continent. Cela nécessite un engagement collectif de la part des dirigeants, de la société civile et des citoyens, ainsi que le soutien de partenaires internationaux. Pour réussir cette transition, il est essentiel de réintégrer les traditions démocratiques africaines, tout en s’inspirant des meilleures pratiques internationales. En cultivant la responsabilité, la transparence et en valorisant les traditions démocratiques africaines, l’Afrique peut bâtir un avenir où la démocratie sera une réalité vivante et dynamique, loin des simulacres et des pratiques autoritaires qui ont trop souvent prévalu.
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