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Une Spirale Émotionnelle à Déjouer

Benjamin Netanyahu, Premier ministre israélien, s’est à nouveau distingué par des déclarations obscènes après l’émission d’un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale (CPI) à son encontre. Parmi celles-ci, un parallèle inadmissible entre cette décision et l’antisémitisme, allant jusqu’à se comparer au capitaine Dreyfus. Une instrumentalisation qui franchit un cap inquiétant. 

Le conflit israélo-palestinien est depuis toujours marqué par des manipulations émotionnelles, mais actuellement les limites du raisonnable sont dépassées. 

Chaque jour, éditoriaux, discours politiques et prises de position alimentent une confusion délibérée : toute critique de la politique israélienne est assimilée à de l’antisémitisme.

L’antisémitisme, forme très spécifique et ancienne de racisme, nécessite une vigilance absolue et des actions spécifiques déterminées. Mais cette lutte essentielle ne peut être menée en dehors d’un combat global contre toutes les formes de discrimination. Or, ce que nous observons aujourd’hui va dans le sens opposé. 

L’instrumentalisation de l’antisémitisme pour justifier les politiques israéliennes n’est pas seulement inacceptable, il est même légitime de penser qu’elle affaiblit la lutte contre la haine des Juifs. Elle ne sert qu’à consolider les intérêts du gouvernement d’extrême droite-israélien. 

Il est grand temps de dissocier la critique légitime des politiques israéliennes de la haine antisémite. Cette confusion, présente des deux côtés, est destructrice. Elle constitue une stratégie politique périlleuse qui, loin de combattre l’antisémitisme, l’alimente. 

En évoquant l’affaire Dreyfus, symbole quasi fondateur de la lutte contre l’antisémitisme en France, Netanyahu banalise une question historique essentielle dans la lutte contre l’antisémitisme au profit de sa défense personnelle. Ce faisant, il dénature la mémoire collective et compromet l’importance de la lutte contre toutes les formes de haine. 

Faut-il ici rappeler que dénoncer les atrocités du 7 octobre 2021, exiger la libération des otages ou critiquer la politique israélienne ne sont pas des actions incompatibles ? De même, dénoncer les crimes de guerre à Gaza, en Cisjordanie, au Liban ou en Syrie n’a rien à voir avec une quelconque haine des Juifs. 

Les récents affrontements à Amsterdam entre supporters du Maccabi Haïfa FC et des supporters arabes illustrent bien cette confusion. Ce qui pourrait être perçu comme une simple bagarre de supporters prend une dimension tragique dans un contexte où les tensions communautaires sont exacerbées. À Amsterdam, ville d’Anne Frank, ces incidents se traduisent pour beaucoup comme une chasse à l’homme contre des Juifs et ce n’est pas surprenant. Mais pour beaucoup de défenseurs de la cause palestinienne n’ont pas été surpris par le fait que les agressions commises par les supporters israéliens contre des chauffeurs de taxi marocains, les slogans anti-arabes ou les drapeaux palestiniens déchirés aient été minimisés ou ignorés dans un premier par les médias et les hommes politiques. 

L’extrême-droite, qui gagne du terrain en Europe et aux États-Unis, manipule ces tensions à son avantage pour s’en prendre aux immigrés pour le moment. Sous couvert de défendre les Juifs, elle justifie des discours haineux contre les étrangers. En jouant sur les tensions communautaires, l’extrême droite instrumentalise les souffrances des deux peuples pour en réalité les stigmatiser et alimenter la haine. 

La montée du populisme et des discours polarisants doit alerter tous les démocrates, tous doivent réaliser qu’il n’y aura pas de gagnant. 

Les généralisations actuelles, qu’elles visent les Juifs ou les Arabes, sont profondément déshumanisantes. Dénoncer les massacres de civils est un devoir qui dépasse l’appartenance à un camp ou à un autre, et défendre l’existence d’Israël tout en dénonçant l’occupation de territoires, nombre d’Arabes le font depuis des années. La montée des actes antisémites doit nous inquiéter et appelle à des actions d’envergure, mais en même temps, la haine des Arabes et le massacre de 45 000 civils doivent nous indigner et aller même au-delà. 

Le déséquilibre dans le traitement médiatique et politique des faits est source d’interprétations qui ne font qu’alimenter les théories complotistes. 

Il est essentiel de reconnaître la singularité de chacun tout en évitant les compétitions mémorielles. Les voix qui défendent Israël tout en dénonçant les crimes de son gouvernement doivent être plus soutenues. Les voix des démocrates arabes ne sont pas mises en avant. La recherche du buzz et des joutes verbales doit s’arrêter.

Les voix nuancées, tant du côté israélien que palestinien, doivent être amplifiées pour favoriser une compréhension mutuelle. La paix ne peut être atteinte que par l’empathie et le respect des droits de chacun. Les jeunes générations des deux camps qui s’affrontent doivent apprendre à critiquer les politiques sans tomber dans le piège de l’antisémitisme ou de la haine des Palestiniens. Enfin sans le soutien de la communauté internationale et notamment des Etats-Unis, qui ont un rôle à jouer pour encourager la paix et la réconciliation, rien ne sera possible.

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