Détruire l’UNRWA pour effacer la Palestine

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L’étau se resserre autour de l’UNRWA, l’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine. Depuis des mois, une campagne implacable orchestrée par Israël vise à délégitimer cette institution vitale. Selon Tel-Aviv, une douzaine de ses employés sur les 13 000 actifs dans la bande de Gaza auraient participé à l’attaque du Hamas le 7 octobre 2023. Malgré l’absence de preuves publiques étayant ces graves allégations, l’effet a été immédiat et dévastateur. En janvier 2024, la décision hâtive de dix-huit pays donateurs de suspendre leurs financements a plongé des millions de Palestiniens dans une situation humanitaire encore plus désespérée, menaçant directement leur accès à la nourriture, aux soins et à l’éducation. Le chantage humanitaire, consistant à priver délibérément de ressources vitales une population déjà fragilisée, est devenu une arme de guerre.

Derrière les prétextes sécuritaires, la cible réelle est politique : l’existence même du peuple palestinien. Car l’UNRWA n’est pas une simple agence de distribution de farine ou de cahiers ; elle est la mémoire vivante d’une injustice historique, incarnant le drame non résolu de la Nakba — l’exil de près de 750 000 Palestiniens en 1948 — et perpétuant l’idée que ces réfugiés, aujourd’hui près de 5,9 millions dans la région, ont droit à la justice. En attaquant l’UNRWA, Israël cherche à refermer cette plaie béante de l’histoire, non en la pansant, mais en la niant.

Depuis 1949, l’UNRWA déploie son action essentielle dans cinq territoires : Gaza, la Cisjordanie, la Jordanie, le Liban et la Syrie. Elle scolarise plus de 500 000 enfants, soigne des millions de malades et distribue une aide alimentaire vitale à plus d’un million de personnes rien qu’à Gaza. L’agence emploie plus de 30 000 personnes, dont la majorité sont des réfugiés palestiniens, répartis entre ses deux sièges (Gaza et Amman) et ses cinq zones d’opérations. Son budget pour 2024 s’élève à 880,2 millions de dollars pour les programmes de base, auxquels s’ajoutent 1,6 milliard de dollars pour les appels d’urgence, principalement pour Gaza. Là où l’État colonisateur bombarde les hôpitaux, affame les civils et bloque l’accès au nord de l’enclave, l’UNRWA résiste par l’aide concrète, par la préservation de la mémoire et par la continuité d’un peuple.

C’est précisément cette résilience qu’Israël veut briser. En contestant la légitimité de l’UNRWA, il espère effacer le statut même de réfugié palestinien, une condition pourtant essentielle à la reconnaissance et à l’application du droit au retour, inscrit dans la résolution 194 de l’ONU. L’objectif ? Empêcher ce droit fondamental et le remplacer par une vision purement humanitaire et apolitique de la question palestinienne. Intégrer, disperser, réinstaller ailleurs. Tout, sauf laisser les Palestiniens affirmer leur droit inaliénable à vivre chez eux, en tant que peuple souverain.

Ce n’est pas un simple débat de gestion onusienne qui se joue ici. C’est un enjeu de souveraineté, de justice et de lutte contre l’effacement colonial. En cherchant à liquider l’UNRWA, Israël mène une guerre symbolique contre la mémoire d’un peuple. Une guerre qui, comme toujours, vise en premier lieu les plus vulnérables : les enfants, les malades, les survivants.

Face à cette tentative d’effacement, la France et l’Europe portent une responsabilité historique qu’elles ne peuvent plus esquiver. Il ne suffit plus de suspendre les financements sous la pression ; il est impératif qu’elles assument pleinement leur rôle dans la tragédie palestinienne. Il ne s’agit pas seulement de sauver une agence humanitaire, mais de défendre les fondements mêmes de la justice internationale et de refuser que l’histoire d’un peuple soit réécrite par la force. Il est temps que la communauté internationale se dresse pour préserver non seulement des vies, mais aussi la mémoire et les droits d’un peuple.

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