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La Grande Révolte arabe (1936-1939) et la Palestine mandataire : tournant historique et spirale de la violence

La révolte arabe de 1936-1939 en Palestine mandataire, également appelée Grande Révolte palestinienne, constitue l’un des événements fondateurs du conflit israélo-palestinien. Ce soulèvement populaire des Arabes palestiniens visait l’administration britannique, perçue comme une puissance coloniale trahissant ses engagements, et le projet sioniste encouragé par Londres.

Les revendications principales des insurgés étaient claires :

  • l’accession à l’indépendance arabe,
  • la fin de l’immigration juive massive,
  • l’arrêt des acquisitions de terres par des institutions sionistes, perçues comme un instrument de dépossession et comme la préparation d’un « foyer national juif » appelé à devenir un État.

La révolte, qui dura trois ans, fut écrasée par une répression militaire britannique d’une ampleur exceptionnelle, avec le soutien logistique et opérationnel de milices juives. Elle entraîna l’élimination physique, l’arrestation ou l’exil de la quasi-totalité des cadres politiques et militaires palestiniens, laissant la société arabe profondément affaiblie à la veille de 1948.

Les Livres blancs britanniques : une politique oscillante et contradictoire
Le Livre blanc de 1922 (Livre blanc de Churchill)

Publié le 3 juin 1922 par Winston Churchill, alors secrétaire aux Colonies, ce premier Livre blanc répond à l’opposition arabe croissante face au mandat britannique et à la Déclaration Balfour.

Il restreint géographiquement le projet du « foyer national juif » en excluant les territoires à l’est du Jourdain, confiés à l’émir Abdallah (futur roi de Jordanie). Tout en réaffirmant le droit des Juifs à s’installer en Palestine, il introduit une limite économique à l’immigration et précise explicitement que la Palestine ne doit pas devenir un État exclusivement juif.

Le Livre blanc de 1930 (Livre blanc de Passfield)

Publié à la suite des violences intercommunautaires de 1929, ce deuxième Livre blanc remet en question la poursuite de l’implantation juive et insiste sur la protection de la population arabe, notamment en matière d’emploi et d’accès à la terre.

La réaction du mouvement sioniste est immédiate et virulente. Sous la pression internationale, le gouvernement britannique annule pratiquement ce texte en février 1931, révélant une fois de plus l’ambiguïté et l’instabilité de la politique britannique.

Le Livre blanc de 1939 : conséquence directe de la Grande Révolte arabe

Publié le 17 mai 1939, ce troisième Livre blanc marque un tournant majeur. Il reconnaît explicitement la peur arabe d’une immigration juive illimitée et limite celle-ci à 75 000 personnes sur cinq ans. Toute immigration ultérieure serait soumise à l’accord des Arabes palestiniens.

Il restreint également sévèrement les ventes de terres aux institutions sionistes et envisage — de manière volontairement floue — la création d’un État palestinien unitaire et indépendant dans un délai de dix ans.

Ce texte provoque une rupture ouverte entre le Yishouv et la puissance mandataire. David Ben Gourion résume cette position par une formule restée célèbre :

« Nous aiderons les Britanniques dans la guerre comme s’il n’y avait pas de Livre blanc, et nous lutterons contre le Livre blanc comme s’il n’y avait pas la guerre. »

La montée du terrorisme sioniste sous le mandat britannique
Genèse des milices armées juives

Les premières organisations d’autodéfense juives apparaissent dès 1907 avec Bar-Guiora, puis Hashomer, dont les membres sont en majorité issus des communautés juives d’Europe orientale ayant fui les pogroms.

Après les émeutes arabes de 1920-1921, la Haganah est créée pour protéger les communautés juives. Initialement défensive, elle s’oppose aux représailles indiscriminées. Cependant, face à la montée de la violence, une fraction radicale fait scission en 1931 : ce sera l’Irgoun, qui adopte une stratégie assumée de représailles contre les civils arabes.

En 1940, une dissidence encore plus radicale donne naissance au Lehi (ou groupe Stern), qui prône une lutte armée sans compromis contre les Britanniques et les Arabes palestiniens.

De la guérilla au terrorisme

À partir de 1936, la frontière entre autodéfense et terrorisme s’efface.
Les Special Night Squads, créées avec l’aide du général britannique pro-sioniste Orde Wingate, mènent des opérations de représailles brutales contre les villages arabes.

L’Irgoun, puis le Lehi, engagent une véritable campagne de terreur visant à intimider la population arabe et à contraindre la puissance mandataire à se retirer.

L’attentat de l’hôtel King David (1946)

Le 22 juillet 1946, l’Irgoun fait exploser l’hôtel King David à Jérusalem, siège de l’administration britannique. L’attentat fait 91 morts, majoritairement civils.

Planifiée par Menahem Begin, futur Premier ministre d’Israël et prix Nobel de la paix, l’opération est menée malgré l’opposition de Ben Gourion. Elle symbolise l’entrée du conflit dans une phase de terrorisme de masse.

1947-1948 : escalade finale et massacres

À la veille de la création de l’État d’Israël, une série d’attentats à la bombe frappent les centres urbains arabes : Jérusalem, Jaffa, Haïfa, Ramla.

Le massacre de Deir Yassin en avril 1948, perpétré par l’Irgoun et le Lehi, fait entre 100 et 120 morts. Son impact psychologique est considérable et contribue à l’exode massif de la population palestinienne.

Réactions, intégration et mémoire

Les autorités britanniques qualifient l’Irgoun et le Lehi d’organisations terroristes. Plusieurs de leurs membres sont exécutés. Avraham Stern est abattu en 1942.

Après 1948, ces milices sont dissoutes ou intégrées à la nouvelle armée israélienne, Tsahal. Certaines figures issues de ces organisations, comme Yitzhak Shamir, accéderont ultérieurement aux plus hautes fonctions de l’État.

David Ben Gourion interdit toute glorification officielle de ces groupes, révélant la fracture durable au sein du sionisme lui-même.

La période du mandat britannique en Palestine révèle une réalité complexe :

  • un nationalisme arabe écrasé avant même d’accéder à l’indépendance,
  • un projet sioniste porté à la fois par une mobilisation politique et une violence organisée,
  • une puissance mandataire oscillant entre promesses contradictoires et répression coloniale.

Le terrorisme sioniste, comme la répression britannique et l’écrasement de la société palestinienne, ne peut être compris qu’inscrit dans cette dynamique coloniale globale. Les événements de 1936-1939 et leurs suites ont durablement façonné les rapports de force, les mémoires et les fractures qui structurent encore aujourd’hui le conflit israélo-palestinien.

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