« Le ventre est encore fécond, d’où a surgi la bête immonde. » prévenait
Bertolt Brecht dans « La résistible ascension d’Arturo Ui » et la multiplication des saluts nazis n’est pas qu’une provocation anodine.
Le monde fait face à des crises multiples – économiques, climatiques, démocratiques – favorisant l’émergence du fascisme, comme l’indique l’historien Robert O. Paxton dans *Anatomie du fascisme*, où il décrit cinq étapes de son évolution. Actuellement, les États-Unis semblent passer du stade 3, l’arrivée au pouvoir, au stade 4, l’exercice du pouvoir fasciste.
Le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche en novembre 2024 a marqué un tournant. Ce n’est plus un simple populiste ; il gouverne avec une radicalité accrue, appliquant des politiques autoritaires et des discours rappelant les heures sombres de l’histoire. En Europe, les partis d’extrême droite prennent de l’ampleur, certains accédant au pouvoir (Italie, Pays-Bas, Slovaquie), d’autres gagnant en influence (France, Allemagne, Espagne).
Le Fascisme en Cinq Étapes : Une Montée en Puissance
1- Émergence : un terreau fertile au radicalisme
Paxton souligne que le fascisme émerge en période de crise où la démocratie est discréditée. Après la crise de 2008, les inégalités ont exacerbé la défiance envers les élites. Aux États-Unis, le Tea Party a ouvert la voie à la radicalisation, tandis qu’en Europe, la crise des réfugiés de 2015 a alimenté un discours hostile aux immigrés.
2- Enracinement : la normalisation du discours extrémiste
Le fascisme ne s’impose pas instantanément ; il s’infiltre progressivement dans le discours politique. L’élection de Trump en 2016 a été cruciale, tout comme l’ascension de leaders comme Bolsonaro, Modi, Poutine, Orbán, Fico et Meloni. La droite traditionnelle, au lieu de résister, a souvent intégré leur rhétorique, légitimant ainsi leurs idées.
En France, des émissions populaires ont banalisé les discours d’extrême droite, avec des figures comme Zemmour et Le Pen introduisant des concepts autrefois marginaux dans le débat public, comme le « grand remplacement » ou submersion migratoire. Les discours politiques remettent en question le rôle de l’État social, accusé de favoriser les étrangers au détriment des « vrais » citoyens.
3- Arrivée au pouvoir : la complicité des droites modérées
Le fascisme accède parfois au pouvoir par des alliances avec la droite. Hitler, par exemple, a été nommé chancelier en 1933 grâce à la droite allemande.
En 2024, Trump est revenu au pouvoir soutenu par un Parti républicain devenu son instrument. En Italie, Meloni gouverne avec des alliés traditionnels. Aux Pays-Bas, Wilders a remporté les élections, tandis qu’en Allemagne, l’AfD, avec des membres au passé néonazi, progresse.
4- Exercice du pouvoir : des mesures autoritaires assumées
Nous entrons désormais dans cette phase où les régimes appliquent ouvertement leur agenda radical. Trump a promis des « déportations massives » et l’usage de l’armée contre les manifestations. En Hongrie, Orbán musèle les médias et affaiblit l’opposition par des lois liberticides.
Plus qu’une Impression de « déjà vu »
En France, une alliance avec la droite républicaine semble plausible, promettant une « révolution nationale » remettant en question des fondements républicains.
Le Rassemblement National promet la mise en place d’une révolution en l’espace de 100 jours. Une remise en question de tout ce qui fonde la démocratie mise en place pierre par pierre depuis 1789. Un ensemble de réformes institutionnelles intitulées « Citoyenneté Identité Immigration ». La perversion de cette association des trois sujets est évidente. Ce projet serait mis en place pour renforcer le pouvoir exécutif, diminuer le nombre de parlementaires et favoriser l’utilisation du référendum. La politique migratoire comprendrait un moratoire sur l’immigration légale, des expulsions massives, ainsi qu’une priorité nationale accordée à l’emploi et aux aides sociales. La sécurité serait renforcée grâce à un nombre accru de forces de l’ordre, à un durcissement des peines et à une extension de la surveillance.
Parallèlement, un protectionnisme économique serait instauré, avec des allégements fiscaux destinés aux classes moyennes et une taxation plus élevée des multinationales. La promotion des traditions nationales, le contrôle culturel et la surveillance des associations seraient également des priorités. Inspiré par le trumpisme, ce programme nationaliste aurait des répercussions sur les libertés individuelles, la cohésion sociale et l’économie et serait surtout un énorme gâchis car ce projet est totalement irréaliste.
5- Radicalisation ou entropie : le point de bascule
À ce stade, un régime fasciste choisit entre répression violente ou institutionnalisation autoritaire stable. L’Allemagne nazie a choisi en 33 la radicalisation, tandis que l’Italie fasciste est devenue un régime autoritaire classique.
Chacun pourra estimer à quel stade se situe le pays mais la situation est grave.
Bien que nous ne soyons pas encore , les signaux d’alerte sont présents. En Floride, des livres sur l’histoire afro-américaine sont interdits. En Italie, Meloni attaque les ONG qui sauvent des migrants. En France, des lois d’immigration de plus en plus restrictives se préparent, menaçant les libertés publiques.
Tolérance Zéro avec L’Inacceptable
Les médias doivent arrêter de minimiser ces dérives. Les gestes nazis ne sont pas des « ambiguïtés ». Les annonces de Trump sur des purges administratives et des déportations ne relèvent pas de la provocation, mais d’un véritable projet politique.
Il est crucial de refuser la logique du “oui, mais” qui légitime les extrêmes. Des phrases comme “Trump est excessif, mais…” ouvrent la porte à une banalisation, souvent prélude au pire.
Le Fascisme 2.0 : Un Nouveau Visage, Un Même Danger
Aujourd’hui, le fascisme prend des formes nouvelles, mais suit des mécanismes similaires. Il exploite les peurs, désigne des boucs émissaires, affaiblit les contre-pouvoirs et transforme la démocratie en façade.
La lutte n’est pas perdue, mais nécessite une prise de conscience collective pour ne pas sous-estimer la menace. Il est impératif de s’opposer fermement, tant qu’il en est encore temps.
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