,

UN SEUL SYSTÈME DE SANTÉ POUR TOUS

Le 17 décembre, le Dr Zhang Jixian, médecin au Hubei Provincial Hospital of Integrated Chinese and Western Medicine, alerte les autorités sur une pneumonie atypique. L’épidémie, initiée le 10 décembre, s’est depuis propagée à l’échelle mondiale.

En premier lieu, imposons des normes internationalement reconnues, débutant par un CONFINEMENT COMPLET de 14 jours pour tous. Nous avons trop tardé.

Un tsunami sanitaire et économique balaye le monde, redéfinissant tout sur son passage. Le pire pourrait être à venir, surtout pour des systèmes de santé déjà inaptes à répondre aux besoins quotidiens, particulièrement sur notre continent, et qui risquent d’être totalement désorganisés.

Nous faisons face à la plus grande crise mondiale depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Elle expose les failles de nos modes de vie, de nos systèmes politiques, de nos infrastructures et de nos moyens de production et de distribution. Elle souligne cruellement les inégalités au sein de nos sociétés et entre les pays. Une mondialisation anarchique des 30 dernières années a exacerbé ces injustices, avec des plans d’ajustement structurel imposés par des bailleurs de fonds internationaux qui ont détruit des systèmes sanitaires et éducatifs déjà fragiles. La marchandisation de la santé, de l’éducation, de la culture a enrichi les riches et appauvri les pauvres, au détriment de la solidarité, du social et du développement durable. La crise actuelle, cependant grave, n’est rien comparée aux tragédies écologiques imminentes. Les effets du Covid-19, dans des sociétés de consommation à crédit, seront minimes par rapport aux catastrophes écologiques à venir au détriment des générations futures sur une période de 50 ans ou plus. Des nations entières, voire des villes, seront englouties, mais c’est déjà un autre débat.

Pour mieux comprendre la situation actuelle, revenons sur les trois ou quatre dernières décennies.

Après plus de 35 ans dans les hôpitaux publics, j’ai été témoin de la dégradation progressive des conditions de travail et de l’appauvrissement de toutes les catégories de soignants. Une descente aux enfers commencée dans les années 80. Pendant des années, nos dirigeants sont restés insensibles aux appels à l’aide des professionnels de la santé. En l’absence de démocratie, seule l’éloge était autorisé. Même la critique devait être orientée vers la glorification de la vision du chef. Évidemment, la confiance du peuple dans le système de santé s’est effondrée. Notre système était alors dans un état dramatique, une descente aux enfers délibérément orchestrée. La santé était devenue une marchandise, et les hôpitaux étaient réservés aux pauvres et aux démunis. Très rares étaient les politiciens à utiliser les services de l’hôpital public. Dans les années 80, Bourguiba se faisait soigner à la Rabta, un temps révolu.

Dans les années 90, quelques structures privées et l’hôpital militaire ont commencé à servir de soupape pour les plus aisés. Les puissants, les riches, ceux dont la voix portait, étaient soignés là-bas, louant naturellement notre médecine. Cela a créé une fausse impression de sécurité sanitaire aux conséquences graves. Le meilleur médecin du monde a besoin de moyens adéquats pour exercer correctement. Les efforts déployés depuis 2011 n’ont pas réussi à redresser la barre, et des réformes profondes seront nécessaires. Malheureusement, nous avons manqué la fenêtre d’opportunité du dernier quinquennat.

Peut-être que le lecteur ne réalise pas les conditions dans lesquelles travaillent les professionnels de la santé. Notre quotidien est une lutte contre l’inertie administrative et le manque de moyens les plus élémentaires. Tout est un problème. Je ne décrirai pas ici les conditions de vie des jeunes médecins à l’hôpital, qui peuvent travailler parfois jusqu’à 70 ou 80 heures par semaine, en particulier dans les spécialités avec de nombreuses gardes.

Un exemple d’actualité est celui de la réanimation. Je me souviens d’un ministre de la Santé resté en poste pendant 11 ans, dont la principale préoccupation était la bonne humeur de Ben Ali. Malgré nos avertissements sur le manque de lits en réanimation, et les citoyens mourant faute de moyens, il tournait nos demandes en dérision. Pendant des années, toutes nos demandes sont restées lettre morte. Aujourd’hui, dans l’urgence, nous réalisons que notre pays ne dispose pas de suffisamment de lits en réanimation pour faire face à des situations normales. Nous en aurons besoin au moins quatre fois plus pour faire face à une éventuelle progression de l’épidémie. Cela ne peut pas être mis en place en un mois ou deux. Cet exemple pourrait être extrapolé à toutes les spécialités et sous toutes les formes.

L’idiogramme chinois pour crise, « wei ji », signifie à la fois « danger » et « point de basculement ». Seules les personnes intelligentes saisissent les opportunités après une crise. Un basculement vers un autre système de santé est nécessaire en démocratie. Cette crise nous donne des leçons qui, je l’espère, seront retenues.

Elle souligne l’importance de la couverture médicale universelle. Elle doit être réelle et effective, brisant les barrières entre les modes d’exercice. UN SEUL SYSTÈME DE SANTÉ POUR TOUS, avec des composantes privées, publiques et militaires, comme c’est le cas dans des pays respectueux de leurs citoyens comme l’Allemagne, la France, la Grande-Bretagne et le Canada. La médecine de ville ne doit pas être synonyme de privé. L’hospitalo-centrisme est la maladie infantile des systèmes de santé immatures, une vision obsolète. Nous avons plus de 2 000 centres de soins de base sur tout le territoire, encore sous-exploités. Leurs horaires d’ouverture ne correspondent pas aux besoins réels de la population. Le privé et le public devraient travailler en complémentarité et en fonction des besoins des citoyens. L’accès à des soins de proximité doit être garanti à tous, 24/24 et 7/7, en dehors des structures hospitalières.

Cette crise nous enseigne qu’un système de santé ne peut pas être constitué d’îlots séparés ; il est un ensemble dont toutes les composantes se complètent. Les politiques menées jusqu’à présent ont généré des médecines à plusieurs vitesses. L’absence d’un accès équitable à la santé pour tous est une INJUSTICE.

C’est en temps de crise que l’on réalise à quel point le métier de soignant est noble. Dans les moments clés de l’histoire de l’humanité, le comportement du personnel médical et non médical, auquel j’ai l’honneur d’appartenir depuis plus de 40 ans, a toujours été remarquable. Cette nouvelle étape de notre histoire prouve que la confiance accordée par la société aux blouses blanches n’est pas usurpée, mais il y a une différence entre dire et faire. Cette crise rappelle donc combien il est important pour une communauté d’avoir un système de santé de QUALITÉ. Un système implique des ressources humaines, matérielles et des infrastructures, car un savoir-faire seul, aussi perfectionné soit-il, ne suffit pas. La reconnaissance de la charge de travail et de la lourde responsabilité des professionnels de la santé doit se traduire autrement que par des paroles.

Cette crise nous apprend également que la médecine de ville et la médecine hospitalière sont des piliers indissociables. Nous avons trop souvent confondu santé et hôpital, négligeant ainsi la médecine de ville. Construire des hôpitaux à tout-va est anachronique. Aujourd’hui encore, la solution de facilité pour les politiques est de promettre la construction d’hôpitaux, reproduisant le modèle des années 80 alors que tout a changé depuis : la médecine, le mode de vie, les moyens de communication et les pathologies. C’est probablement parce qu’ils perçoivent encore l’hôpital comme un lieu pour les plus démunis qu’ils s’engagent tête baissée dans cette voie trompeuse. En agissant ainsi, ils creusent encore l’écart entre une médecine libérale qui a su s’adapter aux nouveaux besoins et un système public à la traîne. La médecine privée, basée sur une logique concurrentielle, cherche légitimement à présenter une image de qualité, d’efficacité et de prise en charge individualisée.

La société, tout comme l’individu, ne réalise l’importance de sa santé que lorsqu’elle commence à la perdre. La bonne santé de notre société dépend de la place que nous souhaitons lui accorder. Elle n’a pas de prix, mais elle a un coût auquel nous devrons consentir les moyens nécessaires. Cette crise nous le démontre.

Laisser un commentaire

Comments (

0

)