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Dans les Yeux d’une Femme, l’Impératif Moral de la Reconnaissance des Palestiniens

Un regard qui bouleverse la conscience

Le regard d’une femme grièvement blessée à Gaza, que le président Macron dit avoir croisée en Égypte et qui l’aurait bouleversé, transcende l’émotion. « C’est au-delà de la douleur », a-t-il déclaré avec une émotion sincère. Ce regard incarne, dans sa nudité tragique, la souffrance d’un peuple tout entier — trop longtemps ignorée, dont l’existence même a été niée, souvent réduite à une abstraction diplomatique — et interroge notre conscience collective face à une injustice devenue insoutenable.

Le refus structurel de reconnaissance

Ce regard n’est pas seulement celui d’une victime. Il porte l’histoire d’une dépossession, d’un enfermement, d’une punition collective. Il exprime le refus obstiné de reconnaître à un peuple ses droits fondamentaux. Et c’est ce déni, devenu structurel, qui aujourd’hui nous place face à un impératif — moral, éthique et juridique — que la France ne peut plus éluder : reconnaître l’État de Palestine.

Un acte de justice, pas une option diplomatique

Cet acte, que le chef de l’État évoque prudemment comme un « levier de paix », ne peut être relégué au rang d’option diplomatique parmi d’autres. Il constitue une exigence, conforme au droit international et aux résolutions de l’ONU, mais surtout un geste de justice élémentaire. Refuser cette reconnaissance, c’est prolonger une asymétrie profondément injuste entre un État doté de tous les leviers de puissance et un peuple privé de souveraineté, de sécurité et d’avenir.

La rhétorique du soupçon : criminaliser tout un peuple 

Chaque fois que cette reconnaissance est évoquée, elle se heurte aux mêmes objections : « Ce serait récompenser le Hamas », clament certains, amalgamant un peuple à une faction. Cette rhétorique toxique substitue le réflexe sécuritaire au droit, la vengeance à la justice. Or, ce ne sont pas les droits reconnus qui alimentent la violence, mais leur négation prolongée. On ne peut continuer à punir collectivement les Palestiniens pour des crimes qu’ils n’ont pas commis.

Une catastrophe humanitaire sous silence 

Depuis les attaque du 7 octobre, Gaza vit une tragédie d’ampleur historique : plus de 54 000 morts selon l’ONU, en majorité des femmes et des enfants. L’utilisation de bombes de 2 000 livres sur des zones densément peuplées, l’effondrement du système de santé documenté par Médecins Sans Frontières, l’assassinat des humanitaires de World Central Kitchen : tout cela témoigne d’une catastrophe humanitaire qui, dans d’autres contextes, aurait suscité des réactions internationales bien plus fermes.

Le piège des conditions : quand la force dicte la justice

Dans ce contexte, conditionner la reconnaissance de la Palestine par la France à de futures négociations revient à faire de la justice l’otage de la force. C’est perpétuer une logique de chantage diplomatique, où l’État occupant dicte les termes de la reconnaissance de ses victimes. L’Histoire récente nous a déjà enseigné la vanité de cette approche : l’OLP a reconnu Israël dès 1993 dans le cadre des accords d’Oslo. En retour, Israël n’a jamais reconnu la Palestine, a poursuivi la colonisation, construit un mur d’annexion et instauré un régime d’apartheid. La reconnaissance unilatérale d’Israël n’a rien produit, sinon une impasse aggravée.

L’hypocrisie diplomatique française

Plus de 147 États membres de l’ONU ont déjà reconnu la Palestine. Des pays comme la Suède, l’Espagne, l’Irlande ou la Slovénie ont montré que ce geste n’est ni subversif, ni purement symbolique, mais un jalon nécessaire vers une solution politique juste. La France, elle, reste enfermée dans une posture ambiguë, prudente, paralysée — comme si la reconnaissance de la justice était, en soi, un acte suspect. Prôner la solution de deux États sans reconnaître l’un des deux : n’est-ce pas une contradiction majeure ?

Reconnaître pour réparer, pas pour provoquer

Il ne s’agit pas ici d’un geste idéologique, mais d’un rééquilibrage essentiel. Car l’absence d’un État palestinien viable crée un vide politique que les groupes extrémistes exploitent. La reconnaissance d’un État, au contraire, ouvre la voie à une alternative politique crédible, un interlocuteur légitime, un horizon de paix. Elle n’éteindra pas le conflit à elle seule, mais elle permettra de sortir d’un déni destructeur.

L’appel des voix israéliennes lucides

Des voix israéliennes lucides le disent depuis longtemps. L’ancien chef du Shin Bet, Ami Ayalon, avertit qu’un refus permanent de souveraineté pour les Palestiniens mène à une guerre sans fin. L’historien Zeev Sternhell, avant sa mort, parlait d’un « apartheid en devenir ». Nous y sommes. Et nous ne pourrons en sortir qu’en cessant de subordonner le droit à la force.

L’indifférence, complice de l’injustice

La reconnaissance de la Palestine n’est pas un acte de défiance : c’est respecter le droit international et les résolutions des Nations-Unis, c’est surtout un acte de réparation. Elle signifie que l’existence politique d’un peuple ne peut être conditionnée à sa soumission. Elle rappelle que la paix ne naît jamais de la domination, mais du droit.

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