Les ennemis de la paix : quand les extrémistes se tiennent la main

Il y a quelques semaines, une délégation de médecins – Palestiniens et Israéliens – s’apprêtait à franchir un couloir humanitaire vers l’hôpital de Khan Younès. Leur mission : évaluer la possibilité de relancer les soins médicaux dans une zone ravagée. Un geste modeste, mais porteur d’un espoir immense : celui d’une humanité partagée, au-delà des murs, des ruines et des haines.

Mais l’espoir n’a pas franchi la ligne de front. Une roquette tirée par une faction extrémiste s’abat sur Ashkelon. L’armée israélienne riposte en bombardant les abords de Khan Younès. Le passage est fermé. La mission annulée. Une fois de plus, la paix a été étouffée par ceux qui vivent de la guerre.

Cet incident, parmi tant d’autres, révèle une vérité qu’il faut enfin nommer : en Israël comme à Gaza, certains redoutent la paix. Elle ébranlerait les récits qui les justifient, le pouvoir qu’ils exercent, la peur qu’ils cultivent. À ce degré de malheur, il ne s’agit plus de désigner un coupable premier. Il s’agit de mobiliser, sans délai, celles et ceux qui croient encore à la paix. Mais ces voix sont rares. Trop rares.

À Gaza, les factions islamistes les plus radicales rejettent toute trêve, perçue comme une compromission. En Israël, l’extrême droite suprémaciste – aujourd’hui au pouvoir – piétine le droit international, colonise, expulse, tue. Deux extrémismes que tout semble opposer, mais qui partagent une complicité souterraine : l’un justifie l’autre, l’un alimente l’autre. Leur survie repose sur le chaos qu’ils entretiennent ensemble.

Depuis le 7 octobre, cette logique infernale s’est intensifiée. Les crimes du Hamas ont servi de prétexte à une campagne militaire d’une violence inouïe : plus de 30 000 morts, des quartiers pulvérisés, des enfants ensevelis, une population privée de tout. Dans le même temps, des ministres israéliens tiennent des discours relevant de la purification ethnique, évoquant une “migration volontaire” des Palestiniens, comme si l’Histoire n’avait rien enseigné.

Mais le plus tragique est peut-être ailleurs : dans l’opinion même des peuples. Aveuglés par la douleur, accablés de deuils, beaucoup en viennent à voir dans toute main tendue une trahison, dans tout appel à la paix une insulte à leurs morts. Les pacifistes sont traités de traîtres. Les modérés sont réduits au silence.

Les ennemis de la paix ont réussi leur œuvre : faire croire que toute tentative de dialogue est une arme déguisée. Instiller l’idée que la coexistence est naïve, que seule la force protège. Dans cette logique perverse, les fauteurs de guerre deviennent des héros, et les bâtisseurs de ponts des parias.

Car ces extrémistes partagent une peur commune : celle de voir les peuples se parler, se reconnaître. Ils se drapent dans la sécurité, la foi ou l’histoire, mais ne protègent que leur pouvoir et leurs privilèges. Ils gouvernent par la peur, divisent pour régner, et parlent au nom des peuples qu’ils empêchent de s’exprimer.

Il faut aujourd’hui les nommer pour ce qu’ils sont : les véritables ennemis de la paix. Non ceux qui dénoncent l’occupation ou l’apartheid, mais ceux qui sabotent sciemment toute issue politique. Ceux qui ont fait de la guerre un régime permanent, et de l’ennemi une fiction utile à leur domination.

La gauche internationale, les forces progressistes, les sociétés civiles ont une responsabilité historique. Il ne suffit plus de dénoncer les massacres à distance. Il faut soutenir concrètement les forces de paix locales, les initiatives de dialogue, les ponts précaires qui se construisent malgré tout. Il faut refuser les indignations sélectives qui minent la crédibilité des droits humains.

Tant que les extrémistes imposeront leurs règles, chaque avancée sera effacée. Chaque voix d’espoir sera noyée dans le fracas des bombes. Et c’est l’humanité tout entière qui reculera, car ce qui se joue ici, c’est la possibilité même de vivre ensemble sans se détruire.

Ce combat ne se joue pas qu’au Proche-Orient. Il nous concerne tous. Il est temps de choisir notre camp : celui des peuples, ou celui de leurs fossoyeurs.

Laisser un commentaire

Comments (

0

)