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Palestine : cinquante ans après le Jour de la Terre, l’histoire d’une dépossession sans fin

Le 30 mars 1976, en Galilée, des Palestiniens citoyens d’Israël entamaient une grève générale et descendaient dans la rue pour protester contre un vaste plan d’expropriation foncière. Près de 20 000 dounams de terres devaient être confisqués au profit de projets de colonisation. La répression fut immédiate : six manifestants non armés furent tués par les forces israéliennes, des centaines d’autres blessés ou arrêtés.

Cet événement est depuis connu comme le « Jour de la Terre ». Il marque moins une rupture qu’une prise de conscience : celle d’une dépossession appelée à durer, et à s’étendre.

Cinquante ans plus tard, cette date résonne avec une acuité particulière. Car loin de s’être interrompue, la dynamique d’appropriation des terres palestiniennes s’est poursuivie, sous des formes renouvelées et souvent moins visibles. En Cisjordanie occupée, l’extension des colonies, reconnues comme illégales au regard du droit international, continue de fragmenter le territoire. Les restrictions d’accès à la terre, les démolitions de constructions jugées illégales faute de permis – rarement accordés – et les déplacements forcés affectent des milliers de familles.

À Jérusalem-Est, les tensions autour des expulsions de familles palestiniennes, notamment dans des quartiers comme Cheikh Jarrah ou Silwan, illustrent une pression foncière constante. Dans le Néguev, au sud d’Israël, plusieurs villages bédouins non reconnus restent menacés de destruction, leurs habitants vivant dans une précarité juridique durable.

Les données publiées par les Nations unies font état d’une intensification récente de ces phénomènes. En 2025, le nombre de structures palestiniennes démolies en Cisjordanie a fortement augmenté, tout comme les déplacements forcés. Ces chiffres ne disent pas tout, mais ils dessinent une tendance : celle d’un rétrécissement continu de l’espace de vie palestinien.

Dans ce contexte, le Jour de la Terre demeure un moment de mobilisation. Chaque année, des rassemblements ont lieu en Israël, en Cisjordanie et dans la bande de Gaza. Ils donnent parfois lieu à des affrontements avec les forces de sécurité israéliennes. Au-delà de ces épisodes, ils traduisent la persistance d’une revendication centrale : celle du droit à la terre.

Car la question foncière est au cœur du conflit israélo-palestinien. Elle touche à la fois à l’économie, à l’identité et à la souveraineté. Elle renvoie aussi à des cadres juridiques complexes, où se mêlent droit international, droit israélien et héritages ottoman et mandataire.

Depuis les accords d’Oslo dans les années 1990, censés ouvrir la voie à une solution négociée, la situation n’a cessé d’évoluer, souvent à rebours des espoirs initiaux. L’Autorité palestinienne, affaiblie, peine à peser sur les dynamiques en cours. Dans le même temps, les initiatives diplomatiques internationales restent sans effet décisif.

Évoquer le Jour de la Terre aujourd’hui, ce n’est pas seulement commémorer un événement passé. C’est interroger une trajectoire. Celle d’un conflit où le temps ne suspend pas les tensions, mais semble au contraire les inscrire dans la durée.

À l’heure où les perspectives politiques apparaissent incertaines, la question demeure entière : comment garantir, pour les populations concernées, des droits égaux et une sécurité durable, dans un espace où la terre est à la fois un enjeu matériel et un symbole profondément chargé ?

Cinquante ans après 1976, le Jour de la Terre rappelle que certaines questions, faute d’avoir été résolues, continuent de structurer le présent. Et que leur traitement conditionne, en grande partie, l’avenir de la région.

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