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Rétablir la Grandeur du Service Public

Fonctionnaire pendant plus de 35 ans, fils et petit-fils de fonctionnaire, j’ai consacré ma vie professionnelle exclusivement au service public par conviction. Servir l’État est à mes yeux un devoir, un honneur, une noblesse républicaine. C’est donc naturellement que je m’insurge contre la dégradation de ce secteur.

« Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres » – Antonio Gramsci. Qu’est-il arrivé en 2011, et pourquoi ? 

Les désaccords sur les termes tels que soulèvement populaire, révolte, manipulations étrangères, révolution, transition démocratique ne sont pas simplement des différences de forme, mais reflètent des divergences profondes. Chacun est devenu le « monstre » de l’autre, comme le mentionne Gramsci. Les polémiques sur les dates seront laissées de côté par décence, mais la confusion persiste dix ans plus tard.

Depuis le 25 juillet 2021, une écrasante majorité de nos concitoyens rêve de faire table rase du passé. Faisons table rase de la dernière décennie, mais pour quelles raisons ? Pour réécrire l’histoire à des fins politiciennes ou pour être les porte-parole de l’idéal révolutionnaire ? 

Restons lucides, même si nous ne faisons rien dans la mesure, nous devons garder les pieds sur terre. Les dix dernières années ont-elles vraiment changé les choses ? Nous sommes empêtrés dans nos querelles sans réaliser l’importance de l’instant, non seulement pour nous mais aussi pour la région tout entière.

Le monde entier nous voyait comme un exemple, mais nous avons tout fait pour le décevoir. Les compromis politiques, les égos des fondateurs de partis, le marasme intellectuel, nos vieux réflexes, nos frustrations, nos rancunes, nos privilèges acquis font désormais la une d’une presse internationale qui était encore admirative il y a quelques temps.

Comment sortir de cette impasse ? 

Les crises mondiales depuis 2019 rappellent que dans la santé, le transport, l’enseignement, l’agriculture, le sport, la culture, nous ne pouvons pas nous passer de l’État. Nous pouvons diverger sur les limites des prérogatives du secteur public, mais sans un État moderne, nous sommes condamnés à l’échec.

Les études nationales et internationales convergent sur la nécessité de digitaliser les procédures administratives, simplifier les textes juridiques, réformer la fiscalité, et inclure plus de jeunes et de femmes dans la vie active. 

Mais comment le faire avec des institutions qui fonctionnent comme en 1960 ? Notre secteur public, avec ses 700 000 fonctionnaires, est devenu ingouvernable après soixante ans de sélection par le bas salaire, d’égalitarisme irrationnel et de textes contre-productifs.

Réduire la masse salariale serait une solution, mais c’est un raccourci dangereux. La compétence et l’engagement des fonctionnaires doivent être pris en compte. Qu’avons-nous fait pour attirer les meilleurs vers le service public ? Rien, au contraire. Les compétences nationales qui ont tenté l’aventure ont été traumatisées, utilisées comme des fusibles.

Bourguiba disait que notre principale richesse est la matière grise de notre pays. Qu’avons-nous fait de cette richesse ? 

Un énorme gâchis. 

La règle des échelons et des salaires dans le secteur public est un obstacle. Tant que les compétents et les incompétents, les travailleurs et les paresseux seront logés à la même enseigne, aucune avancée ne sera possible.

Le pays ne pourra relever les défis sans un secteur public performant. Il est temps de mettre en place des mécanismes d’amélioration des compétences, de valorisation de l’effort, d’encouragement de l’innovation et de stimulation de la compétitivité. Les réformes nécessaires seront douloureuses, mais elles sont indispensables. Sortons de l’hypocrisie, arrimons notre fonction publique et nos institutions publiques à la réalité du monde en 2023. Les politiciens doivent être lucides et courageux pour conduire ces réformes.

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