Les graves dérives de notre jeune démocratie depuis le 14 janvier expliquent en partie le rejet croissant de la politique par la population, mais cette tendance ne peut être attribuée uniquement à ces écueils.
Ces derniers mois, les discours dénonçant la politique comme une mascarade inefficace se multiplient : « La politique ne change rien dans nos vies ! » ou « Demander l’avis des autres est une perte de temps. » L’idée que « Tous Pourris » prospère, et certes, certains l’étaient. Certains aspiraient depuis longtemps à contrôler la vie politique, rêvant d’une autorité tutélaire garantissant sécurité et confort, écartant les débats stériles.
Peu de gens savent que dès 1928, Carl Schmitt théorisait dans « Théorie de la Constitution » ce qui deviendrait l’idéologie de l’extrême droite. En tant que brillant juriste, philosophe du droit implacable, Schmitt a façonné la pensée de l’État total, voire totalitaire, et de l’État d’exception. Pour lui, défendre contre l’ennemi est la tâche première de l’État, la dictature s’opposant aux fragilités de la démocratie et du libéralisme. Cette approche, bien que réelle et inacceptable, est une grave erreur historique aux conséquences terribles.
Au XXIe siècle, de nombreux pays arabes vivent encore sous des régimes autocratiques, une réalité partagée avec certains pays africains, européens, sud-américains et asiatiques par le passé. L’histoire révèle que la rencontre entre un tyran et un peuple soumis est le terreau de l’autocratie, où le dictateur devient essentiel à la pérennité de l’État totalitaire.
Deux anecdotes marquantes illustrent ce point.
À Bagdad en 1992, 42 commerçants furent jugés et exécutés pour avoir prétendument spéculé sur les denrées alimentaires en période de crise. Au Koweït, deux ans auparavant, Saddam Hussein avait envahi un pays voisin, déclenchant une série d’événements désastreux.
En juin 1967, la défaite arabe lors de la guerre du Moyen-Orient révéla des soutiens populaires inattendus à des leaders tyranniques comme Gamal Abdelnasser et Saddam Hussein, malgré leurs actes destructeurs.
Les dictateurs, souvent des militaires putschistes, utilisent la même rhétorique et des stratégies similaires. Ils incarnent la nation, prétendent connaître ses besoins, se sacrifient pour le peuple, et toute dérive est attribuée à leur entourage. Le retour de bâton de ces régimes autocratiques est dévastateur, exacerbant les pires traits humains tels que la délation, la duplicité, le mensonge et la corruption.
Face à l’autocratie, la résistance est difficile et les Nelson Mandela se font rares. La démocratie, avec ses principes fondamentaux de représentativité, séparation des pouvoirs et liberté, offre une alternative. Cependant, la vigilance est de mise, car la démocratie reste une construction permanente, fragile et constamment exposée à l’exploitation de ses failles.
Perdre de vue ces fondamentaux expose une nation au naufrage, et la reconstruction n’est jamais garantie.
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