L’article de loi proposant la création d’une caisse de Zakat dans la Loi de Finances 2020 a déclenché des débats passionnés. Pourquoi un gouvernement se qualifiant de « moderniste » a-t-il accepté son inclusion dans la LF 2020 ?
Personnellement, je considère que cette affaire est pleine d’enseignements. Il est clair que l’objectif premier de ses initiateurs n’était pas de lutter contre la pauvreté, mais plutôt une manœuvre politique. Pour les défenseurs du projet, toute occasion est bonne pour souligner davantage les écarts existants dans notre société, entre ceux se disant craintifs de Dieu et parlant en Son Nom (c’est-à-dire eux) et les autres : les modernistes, les occidentalisés, les soi-disant « vendus », parfois qualifiés de « mécréants », comme ce fut le cas pour la caisse de Zakat.
Depuis 2011, les attaques contre notre modèle de société se succèdent, et le projet de caisse d’aumône n’est qu’une facette d’un vaste programme de transformation de notre société et de l’appareil d’État. Les forces rétrogrades n’hésitent pas à recourir à toutes les manœuvres pour exploiter sans fin les tensions perceptibles dans notre société. Réactiver les Habous ou créer un fonds de Zakat relève du même modus operandi, des mêmes références idéologiques, de la même rhétorique. Les mêmes arguments sont avancés, sans tenir compte de notre histoire récente et passée. Ils ont décrété que notre société devait avoir une identité unique et invariable, la leur, une lecture unique de la religion, la leur, une façon de penser l’avenir et même une tenue vestimentaire imposée aux femmes. Ceux qui sortent du rang sont traités de renégats, de mécréants, d’الإستئصاليون, de collaborateurs, et l’insulte suprême, d’agents du sionisme.
L’étendue de la pauvreté est une honte dans nos sociétés. Les écarts de richesse entre les classes sociales sont indécents, une offense, une atteinte à la dignité humaine. Oui, il faut plus de justice sociale et une répartition plus équitable des richesses, mais jamais dans l’histoire une droite ultralibérale n’a réussi à le faire. Bien au contraire, elle a toujours enrichi les riches et appauvri les pauvres. Distribuer des cartables, du riz ou construire un dispensaire par-ci par-là à travers un nouveau 26-26 n’est que démagogie et ne peut constituer une solution efficace pour lutter contre la pauvreté.
Bizarrement, le sujet de l’évasion fiscale est abordé de façon pudique dans notre pays. Quelle est son ampleur ? Existe-t-il une réelle volonté de lutter contre ? L’utilisation de l’argent public est-elle optimale ? La fuite des capitaux se chiffre à combien depuis 2011 ? Comment pourra-t-on les rapatrier ? Jusqu’à quand notre économie sera-t-elle entre les mains de 10 familles qui contrôlent tous les secteurs, de la production à la distribution, de la banque à l’assurance, et même, dit-on, la presse et les partis politiques ? Notre pléthorique administration a-t-elle les moyens d’assurer ses missions ? Ses méthodes de travail sont-elles adaptées aux impératifs du moment ?
Alors, ne tombons pas dans le piège des débats autour de sujets d’un autre temps. Arrêtez, messieurs, de vouloir nous faire revenir en arrière. Non, la femme n’est pas le complément de l’homme, elle est son égale en droits et devoirs, héritage inclus. Manger pendant le Ramadan est mon problème. Recourir à l’assurance n’est pas interdit, c’est même obligatoire si l’on veut se protéger et protéger les autres. Les intérêts bancaires sont peut-être malsains, mais nous sommes obligés de nous y plier. Et le recours à des subterfuges pour les rendre « halals » revient exactement au même, sinon pire. Recourir au calendrier hégirien, aux chiffres indiens ou porter le voile ne fera pas de nous de meilleurs musulmans. Arrêtons de nous contorsionner pour mettre les impératifs de la modernité dans le moule d’une lecture rétrograde des principes religieux. On ne peut plus nous tromper ; la religion a été trop souvent instrumentalisée au service d’idéologies oppressives.
Le temps des idéologies d’État est révolu. Mobilisons nos énergies pour aborder les vrais défis de l’heure sans préjugés, les problèmes qui préoccupent nos jeunes, ceux qui minent notre société, notre enseignement, notre médecine, les obstacles qui entravent notre économie sont immenses. Réveillons-nous.
La mondialisation a fait de nous une société de consommation qui regarde passivement la caravane du progrès s’éloigner chaque jour.
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