Les armes, véritables moteurs des guerres, sont au cœur du cycle de violence au Moyen-Orient. Sans la production, la commercialisation et la légalisation des armements, ces conflits seraient considérablement moins graves.
Les entreprises prospérant dans ce secteur doivent endosser une part de responsabilité dans les souffrances qu’elles engendrent. Le commerce des armes soulève également des questions éthiques et juridiques, nombre de ces armements finissant par être utilisés dans des violations des droits de l’homme, telles que les bombardements de civils ou la répression violente de manifestations. Les pays exportateurs, se posant en chantres de la démocratie, relèguent pourtant leurs principes derrière leurs intérêts économiques et stratégiques, feignant d’ignorer les conséquences humanitaires de leurs ventes.
Au cours d’opérations militaires récentes, plus de 100 avions de chasse israéliens ont ciblé une quarantaine de sites au Liban, incitant le Hezbollah à réagir par des attaques au drone et à la roquette. Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a appelé à une « désescalade immédiate » face à ces échanges de frappes. Les conséquences des guerres au Moyen-Orient demeurent dévastatrices, se traduisant par des pertes humaines tragiques, des blessés, des victimes de torture, des personnes déplacées et la destruction d’infrastructures essentielles.
Israël se classe parmi les principaux importateurs d’armes au monde, s’appuyant massivement sur les États-Unis, dont proviennent 92 % de ses importations entre 2017 et 2021. En 2024, Washington a approuvé des ventes pour 20 milliards de dollars, incluant avions de chasse et missiles avancés. L’Allemagne et l’Italie contribuent aussi à l’approvisionnement, représentant respectivement 6,9 % et 1 % des importations. Le Royaume-Uni, de son côté, a partiellement suspendu ses ventes en raison de préoccupations liées aux droits humains.
Les États-Unis demeurent de très loin le premier fournisseur d’armement d’Israël, suivis de l’Allemagne. D’autres pays, comme l’Italie et l’Espagne, ont cessé temporairement leurs livraisons, tandis que la France soutient ne fournir que des équipements strictement destinés à la « défense ». La question des exportations d’armes vers Israël n’a jamais été aussi sensible, y compris aux États-Unis, où l’opinion publique conteste un soutien longtemps quasi inconditionnel. L’ordonnance de la Cour internationale de justice (CIJ) du 26 janvier 2024, enjoignant Israël de prévenir tout acte entrant dans le champ du génocide, a ravivé les tensions et contraint certains États à revoir leurs politiques.
Entre 2013 et 2022, 69 % des importations d’armes israéliennes provenaient des États-Unis, dont les livraisons récentes incluent des milliers de bombes et de missiles guidés. L’administration américaine permet également à Israël de puiser dans l’arsenal prépositionné sur son sol, contournant ainsi le contrôle du Congrès. Depuis les années 1960, Washington veille à maintenir pour Israël un « avantage militaire qualitatif » sur la région, concrétisé notamment par l’accès aux F-35.
L’Allemagne, deuxième fournisseur d’Israël, représentait 30 % de ses importations entre 2013 et 2022, et ses autorisations de livraison ont été multipliées par dix entre 2022 et 2023. L’Italie, ancien troisième fournisseur, a cessé ses livraisons après le 7 octobre. Le Royaume-Uni, malgré un niveau d’exportations jugé « modeste », refuse pour l’heure de suspendre totalement ses autorisations. La France, devenue en 2023 le deuxième exportateur d’armements au monde, affirme ne pas fournir de matériel « létal » à Israël, se limitant à des équipements « défensifs ». Elle reste néanmoins liée par le traité sur le commerce des armes, qui interdit toute exportation susceptible d’être utilisée pour des crimes de guerre.
À l’ouverture du salon Eurosatory, vitrine internationale de l’industrie d’armement, Amnesty International a dénoncé l’absence de contrôle effectif du Parlement et de la justice française sur les exportations vers des pays susceptibles de commettre des crimes internationaux. En pratique, les licences d’exportation sont presque impossibles à contester en justice, protégées par la théorie de « l’acte de gouvernement ». Malgré les risques plausibles de génocide reconnus par la CIJ, la France n’a suspendu qu’une partie de ses transferts d’armement.
Face à cette inertie, plusieurs ONG et syndicats ont saisi la justice pour demander la suspension des licences à destination d’Israël, mais leurs requêtes ont été rejetées. La décision d’exclure les industriels israéliens d’Eurosatory illustre toutefois une prise de conscience croissante, parallèle aux suspensions décidées par d’autres pays comme la Belgique, l’Espagne, l’Italie, le Canada ou les Pays-Bas. Ces derniers ont été sommés par la justice d’interrompre l’exportation de composants du F-35 en raison du risque clair de violations graves du droit humanitaire.
Le Canada a cessé d’approuver tout transfert d’armes vers Israël, tandis que l’Espagne affirme n’avoir procédé à aucune vente depuis le 7 octobre 2023, en dehors de livraisons autorisées antérieurement et non destinées au conflit. Aux Pays-Bas, une décision historique de la Cour d’appel de La Haye ordonne la suspension des exportations de pièces du F-35, en raison de leur possible implication dans des crimes de guerre à Gaza.
À l’échelle mondiale, les États-Unis dominent le marché, avec des dépenses militaires atteignant le record de 2 443 milliards de dollars en 2023. Entre 2019 et 2023, ils représentent 41,7 % des exportations mondiales d’armement, loin devant la France (10,9 %) et la Russie (10,5 %). Chaque seconde, 10 400 euros d’armes sont vendus dans le monde. Ces chiffres reflètent une intensification des tensions géopolitiques et soulèvent une question fondamentale : tant que les nations privilégieront le commerce d’armement au détriment de la paix, les idéaux d’union et de coopération, prônés depuis Kant jusqu’aux fondateurs de l’ONU, resteront lettre morte.
La vente d’armes dépasse largement le cadre des chiffres. Elle influence les dynamiques géopolitiques, renforce des alliances, alimente des conflits et modèle les politiques étrangères. Selon le SIPRI, les ventes d’armement ont dépassé 500 milliards de dollars en 2022, signe d’une demande croissante d’États cherchant à moderniser leurs arsenaux ou à renforcer leur statut régional. Le Traité sur le commerce des armes, entré en vigueur en 2014, tente d’encadrer ces ventes, mais reste limité par l’absence de ratification de plusieurs États clés et par le manque d’application contraignante.
Malgré les critiques, les intérêts économiques et stratégiques continuent d’éclipser les considérations humanitaires. Pour atténuer les conséquences dévastatrices du commerce d’armement, une coopération internationale renforcée et une réelle volonté politique sont indispensables. La transparence des transactions, un contrôle rigoureux des flux d’armement et des sanctions pour les violations sont nécessaires pour instaurer un marché plus responsable. Si les nations cherchent à assurer leur sécurité, elles doivent aussi considérer les impacts humains et éthiques de leurs décisions. Un contrôle accru du commerce des armes reste crucial pour réduire l’ampleur des conflits armés et promouvoir une paix durable.
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