CHERCHER L’ERREUR : SABER A ETE GRACIé PAR LE PRESIDENT DE LA REPUbLIQUE ET EST RENTRE CHEZ LUI.
Un homme vient d’être condamné à mort en Tunisie pour avoir publié un statut sur Facebook.
Son nom : Saber Chouchène.
Son crime : quelques mots écrits sur un écran.
Sa faute : avoir pensé autrement.
Son châtiment : la pendaison.
CHERCHER L’ERREUR : SABER A ETE DANS LA FOULEE GRACIE PAR LE PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE ET EST RENTRE CHEZ LUI.
Ainsi, la Tunisie qui fut jadis citée comme l’unique promesse démocratique du monde arabe s’illustre désormais par la condamnation à mort d’un citoyen pour délit d’opinion.
Une tragédie qui ne dit pas seulement l’échec d’un régime, mais la faillite morale d’une République.
Car cette sentence n’est pas née du hasard judiciaire, mais d’un contexte politique où la justice n’est plus un pouvoir, mais une simple fonction administrative, soumise aux humeurs d’un seul homme.
L’indépendance de la magistrature, patiemment conquise depuis 2011, a été méthodiquement détruite : le Conseil supérieur de la magistrature n’existe plus que de nom, vidé de sa substance et placé sous le contrôle direct du président.
La Cour constitutionnelle, pourtant prévue par la Constitution, n’a jamais été mise en place, privant le pays du dernier garde-fou contre l’arbitraire.
Les corps intermédiaires — syndicats, associations, partis, ordres professionnels — ont été dissous, neutralisés ou réduits au silence.
Dans cette atmosphère de peur, les prisonniers politiques se comptent désormais par centaines.
Ils viennent de tous les horizons : avocats, journalistes, artistes, médecins, hommes d’affaires ou simples citoyens.
Leur point commun : avoir parlé.
Avoir critiqué, questionné, refusé de se taire.
C’est dans ce climat d’étouffement que la peine de mort de Saber Chouchène a été prononcée — non comme un acte de justice, mais comme un avertissement politique.
Derrière ce verdict se dresse toute une chaîne de responsabilité : le procureur de la République, son adjoint, le juge d’instruction, les conseillers de la chambre d’accusation, le procureur général et les cinq membres de la chambre criminelle qui ont signé la sentence.
Cinq noms, cinq consciences, cinq signatures — et pas une seule voix pour dire non.
Car pour qu’une condamnation à mort soit validée, la loi exige l’accord d’au moins quatre juges sur cinq.
Qui donc, parmi eux, a levé la main pour la vie ?
Qui a osé douter, hésiter, résister ?
Silence.
La faute ne se lave pas par une mutation ou un communiqué.
Elle ne se dissout pas dans la routine bureaucratique d’un État qui confond la légalité avec la légitimité.
Cette faute est morale, existentielle, historique.
Elle entache à jamais la robe noire de la justice tunisienne.
Ce verdict ne vise pas seulement un homme, il cible un peuple.
Il cherche à tuer la parole avant qu’elle ne devienne révolte.
À faire taire la peur en la généralisant.
Il inaugure un nouveau chapitre du pouvoir tunisien : celui où la justice n’est plus la gardienne du droit, mais l’instrument de la soumission.
Et demain, lorsque d’autres citoyens seront jugés pour un mot, un dessin ou une chanson, on dira encore :
« Ce n’est qu’un cas isolé. »
Mais l’Histoire, elle, retiendra qu’un pays né de la liberté a choisi de la crucifier.
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