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Justice et Politique : Un Mariage Impossible ?

« Entre la politique et la justice, toute intelligence est corruptrice, tout contact est pestilentiel » écrivait François Guizot.

Le limogeage par le président de la république de 57 magistrats a suscité diverses réactions, certaines applaudissant cette décision, d’autres s’interrogeant sur la violation potentielle de la présomption d’innocence. Dans un discours médiatisé, le président a énuméré les griefs allant de la consommation d’alcool à la complicité avec des terroristes, mettant en avant la corruption et le laxisme comme motivations principales.

En démocratie, la présomption d’innocence est un principe fondamental, mais l’opinion publique la perçoit souvent comme synonyme de laxisme. Le président, en choisissant de dénoncer publiquement ces magistrats avant toute procédure légale, a-t-il respecté ce principe essentiel? La question de Voltaire dans Zadig, « vaut-il mieux hasarder de sauver un coupable que de condamner un innocent? », résonne dans ce contexte.

La corruption semble endémique dans tous les secteurs de notre pays, mais la frontière entre la rumeur, les règlements de compte et la réalité est floue. Le président, en ciblant des catégories sociales spécifiques, a omis de traiter de manière exhaustive les maux qui gangrènent chaque secteur. Les critiques pointent vers une approche sélective qui s’attaque aux plus puissants, laissant de côté les problèmes systémiques.

L’histoire politique du pays est émaillée par l’utilisation de ces méthodes pour punir les opposants, engendrant une division profonde entre partisans et adversaires des mesures présidentielles. L’impréparation et le théâtralisme dans la communication présidentielle décrédibilisent les objectifs pourtant essentiels. Le débat politique prend le dessus sur des questions cruciales, et l’impératif patriotique de fédérer est négligé au profit de querelles partisanes.

L’audace et la sincérité ne justifient pas tout. Désigner des boucs émissaires est une facilité, mais traiter de manière structurée les défis massifs auxquels le pays est confronté est bien plus difficile. Les emportements médiatisés du président, souvent dénués de données précises, déclenchent la polémique politique au lieu de susciter une réelle volonté de résoudre les problèmes.

L’insuffisance de moyens humains et matériels dans le système judiciaire est une réalité, et la président a omis de mentionner cette lacune. La désorganisation et le manque de moyens engendrent un cercle vicieux qui impacte l’engagement des acteurs à tous les niveaux, de l’ouvrier au directeur.

En fin de compte, la fonction présidentielle devrait inciter à la modération et à la rareté de la parole. L’intimidation et les discours blessants portent atteinte aux libertés fondamentales et ne contribuent pas à l’unité nationale. Un président devrait consacrer ses efforts à rassembler et à fédérer autour d’un projet commun plutôt que de s’en prendre à ses contradicteurs de manière délibérément provocatrice.

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