Paris, le 17 février 2020
Les récentes heures ont été le théâtre de revirements politiques saisissants. L’alliance gouvernementale défunte entre Ennahdha et Tahya Tounes, abusivement appelée « gouvernement d’union nationale », a atteint des sommets de discordance. Alors qu’elle continue de diriger le pays droit vers l’impasse, voilà que soudainement, les partenaires d’hier se livrent à des invectives publiques. Une tragi-comédie qui met en lumière la prétendue stabilité gouvernementale vantée lors du vote de confiance en juillet 2018.
Pas besoin de revenir sur des explications aussi ridicules les unes que les autres. L’essentiel réside dans le fait que Tahya, après avoir fait le deuil des élections perdues, s’est découvert une nouvelle « idole » : le président de la république. Politiquement opposés, ils préfèrent ignorer ces détails pour des allers-retours fréquents entre la Kasbah et Carthage.
De son côté, Ennahdha, concentrée sur la liquidation de la famille centriste, est prête à tous les sacrifices pour s’allier à Qualb Tounes. Encore une fois, tout oppose les deux parties, mais pour Ennahdha, reproduire le même schéma qu’en 2012 avec Ettakatol, CPR, et en 2015 avec NIDA est trop tentant.
Avec l’article 89 de la constitution comme baïonnette, la guerre de tranchées semble imminente. Avec une croissance à 1% et 650 000 chômeurs, les préoccupations pour l’avenir du pays semblent reléguées au second plan. Certes, des problèmes subsistent après l’inauguration du champ Nawara et de la centrale photovoltaïque de Tozeur. Les accords avec l’UGTT restent lettre morte, et le FMI refuse de débloquer les dernières tranches de son prêt. Mais selon certains, ce ne sont que des détails, le plus important étant la lecture de l’article 89.
Plus sérieusement, la jeune démocratie tunisienne est en train de mûrir, mais le chemin vers la maturité est long et semé d’erreurs. Certaines erreurs pourraient être fatales si elles se répètent trop souvent, et c’est ce qui semble se profiler.
Ce que certains appellent une impasse constitutionnelle ne peut être résolu sans une cour constitutionnelle, mais sa création semble improbable, car cela ne convient pas à tous. Une loi électorale imparfaite conduira toujours à des incohérences, comme le montre le fait que 70% des députés ont été élus grâce aux reliquats des voix. Sans transparence sur le financement politique, les valises de dollars continueront à circuler librement. Une presse financièrement affaiblie devient une proie facile pour les groupes d’influence, transformant l’exercice de la démocratie en un jeu de hasard.
Des pratiques douteuses ont été instaurées, et pire encore, elles ne choquent plus, devenant la norme. Comment sortir de cette situation avant qu’il ne soit trop tard ? Même en formant un gouvernement dans les 48 heures, les problèmes de fond persisteront. Dans ce contexte, modifier la loi électorale et organiser de nouvelles élections semble être la solution la plus sage, car mieux vaut perdre six mois que cinq ans.
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