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Limogeages ? Réflexions sur la gestion médiatique des départs de hauts responsables »

Les annonces de limogeages surviennent généralement le vendredi soir. Un ministre, un gouverneur ou un haut fonctionnaire est remercié… L’effet d’annonce recherché semble prendre le pas sur le traitement en profondeur du problème, laissant la suite s’effacer dans le flux de l’actualité. Il est légitime d’avoir des opinions critiques sur les actions d’un ministre ou d’un haut responsable, mais traiter ainsi ces départs n’est ni mature ni digne d’une démocratie. C’est, au mieux, de l’immaturité, et au pire, de la manipulation. Je crains que ce ne soit les deux.

Cette méthode pose deux problèmes cruciaux : le respect dû par l’État à ses serviteurs et la nécessité d’une analyse approfondie des problèmes.

Les drames de Kerkennah ou de la Rabta ont été largement médiatisés, mais nous savons tous que d’autres tragédies, tout aussi graves, se déroulent en silence au quotidien, sans susciter de réactions. Certains incidents graves, tels que les accidents de trains ou de bateaux, ne reçoivent pas le même traitement médiatique. Cette asymétrie ne fait que discréditer davantage les réactions impulsives prises sur le moment.

J’approuve l’idée selon laquelle le premier responsable doit assumer les fautes de son département et démissionner en cas d’incidents graves. Cela ne devrait pas être sujet à débat.

Il est évident que la manipulation médiatique vise à dissimuler la réalité d’une situation catastrophique dans des secteurs cruciaux tels que l’enseignement, la santé, les transports, et ailleurs. La chronicité des problèmes structurels nécessite une approche plus profonde. Les actes de fermeté peuvent impressionner, mais leurs effets sont éphémères dans l’opinion publique, car ils traduisent en fin de compte une impuissance à agir en profondeur pour changer les choses.

L’idée populiste et dangereuse selon laquelle tous les hauts cadres sont des incompétents n’est pas acceptable. Leur demander d’assumer un passif de 30 ou 40 ans de laisser-aller n’est pas réaliste. La rotation constante des ministres et directeurs devient ridicule et prouve que les problèmes sont ailleurs. Bien que je n’aspire pas à généraliser, ayant fréquenté certains d’entre eux, j’ai pu constater qu’ils n’avaient plus de vie privée ni de jours de repos, travaillant jusqu’à 16 heures par jour. Beaucoup, surtout les représentants de la société civile depuis 2011, n’ont plus la protection d’un parti ou autre. Un demandeur d’emploi peut accéder à leur bureau et même les agresser verbalement et/ou physiquement. Les visites de terrain sont une épreuve. La tentation de cogestion avec les syndicalistes n’est pas non plus une simple vue de l’esprit !

Servir la communauté dans des conditions difficiles est leur honneur, leur sacerdoce. Beaucoup pourraient avoir une brillante et riche carrière ailleurs, mais ils se sont engagés dans ces moments cruciaux pour notre pays par conviction. Les utiliser comme fusible pour dissimuler les graves dysfonctionnements n’est pas digne. L’évaluation du rendement d’un responsable de haut niveau ne doit pas être une variable d’ajustement d’une politique défaillante. C’est agir contre les intérêts de l’État, car à la fin, il ne restera que les opportunistes, et les personnes de valeur refuseront de voir leur honneur traîné dans la boue lors du journal télévisé de 20 heures un vendredi soir

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