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Tunisie : L’étau se resserre sur la société civile et les libertés fondamentales

La Tunisie traverse une période de régression des libertés publiques. Sous la présidence de Kaïs Saïed, une série de mesures et d’actions en justice cible systématiquement les voix critiques, les médias indépendants et les organisations de la société civile.

Un contexte de restrictions croissantes

Depuis 2021, le paysage des libertés en Tunisie s’est significativement dégradé. Les observateurs internationaux, dont Amnesty International et Human Rights Watch, ont documenté une multiplication des poursuites judiciaires visant des journalistes, des syndicalistes et des opposants politiques, souvent sur la base de décrets-loi et de lois aux formulations vagues.

La répression ne se limite plus aux acteurs politiques. L’État s’en prend désormais aux structures qui constituent les derniers remparts de la démocratie : les associations. La récente suspension par décret judiciaire de l’Association tunisienne des femmes démocrates (ATFD), une organisation historique, n’est pas un simple différend administratif. Elle s’inscrit dans une stratégie plus large de musellement de la société civile. D’autres organisations, comme l’Association I Watch ou encore le Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT), font face à des pressions et des campagnes de dénigrement.

La loi instrumentalisée contre les libertés

Le Décret-loi 88 de 2011, adopté après la Révolution pour encadrer et protéger la liberté d’association, est aujourd’hui utilisé pour la restreindre. Les autorités invoquent des arguments procéduraux et des accusations de non-conformité administrative pour dissoudre ou suspendre des associations critiques. Ce détournement de l’esprit de la loi est une caractéristique des régimes autoritaires : utiliser les outils juridiques pour légitimer des pratiques répressives.

Parallèlement, le pouvoir exécutif gouverne largement par décrets, court-circuitant le rôle du Parlement et consolidant un système de pouvoir vertical. La nouvelle Constitution de 2022, approuvée par referendum lors d’une participation faible, a concentré d’immenses pouvoirs entre les mains du président, affaiblissant les contre-pouvoirs institutionnels.

La résistance d’une société civile sous pression

Face à cette offensive, une partie de la société civile tunisienne continue de résister. Des avocats, des défenseurs des droits de l’homme et des journalistes indépendants persistent dans leur travail, malgré les risques de poursuites, d’interpellations et la pression sociale. Leur combat n’est pas pour le pouvoir politique, mais pour la préservation des acquis de la transition démocratique et la défense des libertés fondamentales.

Cette résistance est cruciale. En l’absence d’une opposition politique structurée et face à un paysage médiatique de plus en plus uniforme, les organisations de la société civile restent les seules à documenter les abus, à offrir une assistance juridique aux victimes et à maintenir un discours critique.

Un enjeu pour l’avenir de la Tunisie

Étouffer la société civile, c’est priver la Tunisie de son miroir. Sans ces acteurs, il n’y a plus personne pour contester la narration officielle, plus personne pour défendre les droits des minorités ou dénoncer les dérives autoritaires. Les expériences historiques montrent qu’un pays sans contre-pouvoirs actifs et sans voix critiques s’achemine inéluctablement vers un appauvrissement démocratique.

Le sort de la Tunisie ne se joue pas seulement dans les urnes, mais aussi dans les tribunaux, dans les rédactions et dans les sièges des associations. Le courage de ces hommes et ces femmes qui refusent le silence, souvent au péril de leur propre liberté, est aujourd’hui le principal garde-fou contre un effondrement complet de l’État de droit. L’avenir de la démocratie tunisienne dépend de leur capacité à tenir et de la solidarité que la communauté internationale saura leur apporter.

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