L’ingratitude des humains est probablement l’une des réactions humaines les plus fréquentes mais aussi la plus choquante, pourtant elle est partagée dans toutes les sociétés, tous les milieux, en famille, dans le travail, et elle est la règle en politique.
Sur ce sujet il est plus facile de se concentrer sur les manquements que sur les réussites. Faire la morale est le piège à éviter absolument.
Dans les environnements compétitifs, comme la politique, l’ingratitude est une stratégie de survie. Les individus peuvent se sentir poussés à renier leurs contributions pour avancer dans leur propre carrière. Bourguiba a fini sa vie seul dans une chambre lugubre où il a passé 17 ans. Il n’avait le droit de recevoir que quelques proches courageux. Ceux qui le vénéraient en apparence ont vite fait de changer de cheval.
Cette tendance à oublier les bienfaits reçus, à minimiser les efforts des autres, ou même à trahir la confiance accordée, semble être une seconde nature chez les humains. Dès lors est-il interdit de penser que l’ingratitude est innée chez les humains ? Le propre de l’humain n’est-il pas de se concentrer sur ses propres besoins et désirs et d’oublier les autres ? Les êtres humains ont parfois du mal à reconnaître et à apprécier les contributions des autres car ils estiment que ces contributions vont de soi.
Dans le cadre familial, il n’est pas rare de voir des enfants se détourner de leurs parents. Les parents qui développent des attentes trop élevées vis-à-vis de leurs enfants, seront toujours déçus lorsque ces attentes ne sont pas satisfaites, or elles sont presque toujours insatisfaites.
Au travail, la reconnaissance des efforts de collègues ou de subordonnés est souvent reléguée au second plan, comme si l’accomplissement collectif était dû et non le fruit d’un engagement commun. Les élèves trahiront toujours leurs maitres. Pour s’affirmer, ils sont tentés de tuer à la première occasion ceux qui les ont formés. Il leur faut effacer la dette.
Dans un monde où les interactions sont souvent rapides et superficielles, il est facile d’oublier les sacrifices et les efforts des autres. Le manque de temps ou d’attention mène à une méconnaissance de l’autre. Est-ce toujours une forme de trahison ?
Pourquoi ne pas essayer de comprendre les personnes qui luttent avec des problèmes d’estime de soi ou des blessures émotionnelles ? Ils peuvent avoir du mal à exprimer de la gratitude. Leur ingratitude peut être le reflet de leur propre souffrance ou insatisfaction.
L’ingratitude peut être due à un mécanisme de défense. En refusant de reconnaître ce que les autres ont fait pour nous, certaines personnes peuvent éviter de se sentir vulnérables.
Ce phénomène qui surprend toujours, il peut avoir des conséquences dévastatrices. Il crée un climat de méfiance, où chacun doute des intentions de l’autre, alimentant ainsi un cycle de désillusion et d’isolement.
La façon dont une personne a été élevée joue un rôle crucial. Une éducation qui ne valorise pas la gratitude ou qui encourage l’égoïsme peut favoriser des comportements ingrats. De même, certaines cultures peuvent accentuer la réussite individuelle au détriment de la reconnaissance des autres. La nécessaire solidarité dans certains environnements, solidarité nécessaire à la survie ou à la réussite, favorise l’expression de la gratitude.
La gratitude est alors non pas uniquement une valeur sociale mais un ciment social, un moyen de renforcer les liens et de cultiver une atmosphère de respect mutuel.
Il devient alors essentiel de promouvoir une culture de la reconnaissance, où les gestes de bonté et de soutien sont valorisés et célébrés. Ce changement d’attitude pourrait non seulement améliorer les relations interpersonnelles, mais aussi contribuer à une société plus harmonieuse, où l’ingratitude n’a plus sa place. En fin de compte, il s’agit d’un choix conscient, d’un effort collectif pour se souvenir que chaque acte de bienveillance mérite d’être honoré.
En somme, l’ingratitude est un phénomène complexe, influencé par une multitude de facteurs. Pour y remédier, il est essentiel de cultiver la conscience, l’empathie et une culture de la reconnaissance au sein des relations humaines.
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