Catégorie : Témoignage

  • Ne pas ajouter du malheur au malheur

    Quand on pense aux derniers moments d’un être cher, ce ne sont pas toujours les visages qui reviennent en mémoire, mais plutôt des scènes : un médecin, un couloir d’hôpital, une alarme, un souffle qui s’éteint, une douleur sans remède, une panique, une porte fermée parce que l’heure des visites est passée, une main qu’on…

  • L’homme couché nous oblige

    Il y a une phrase que j’aimerais voir inscrit à l’entrée de chaque service : « L’homme couché nous oblige. » Pas l’homme debout, celui qui discute, négocie, revendique ou choisit mais celui qui est allongé, vulnérable, parfois réduit à un corps douloureux et à une confiance offerte. Face à lui, le médecin ne détient…

  • Le temps des éminences est fini

    Il fut un temps, révolu heureusement, où l’on disait sans la moindre ironie : « Le patron fait comme ça. » Et où le patron disait, sans fausse modestie : « Moi, je pense que. »  Ces convictions, forgées au fil des années d’exercice, étaient celles d’hommes souvent au-dessus du lot. Mais elles n’avaient aucun…

  • Sociétés savantes : des réunions scientifiques sans science

    J’ai fréquenté des congrès pendant des décennies. J’y ai présenté, écouté, enseigné, somnolé parfois. Je leur dois des rencontres, des amitiés, des projets. Je n’écris donc pas contre eux. J’écris parce qu’à force d’en voir, j’ai fini par me poser une question gênante : à quoi sert, au juste, ce que nous organisons ?Il y…

  • La rue arabe est le problème

    La rue arabe est le problème Il y a vingt-cinq ans presque jour par jour, je m’en souviens comme si c’était hier. Je me souviens des personnes présentes, des images, des réactions. Comme beaucoup, j’étais incrédule. Je me disais que ce n’était pas possible. C’était trop gros. Puis l’évidence s’est imposée. Et après l’effroi vinrent…

  • Un pays qui se vide et croit qu’on l’envahit

    Ce que la peur de l’immigration nous empêche de voir Je la connais, cette dame de Sfax. Elle a tout fait comme il fallait dans sa vie. Aujourd’hui, l’âge a eu raison de son autonomie : elle n’a plus toute sa tête, les gestes les plus simples sont devenus des épreuves, mais elle refuse de…

  • Pourquoi elle ?

    J’avais onze ans et demi lorsque ma mère est morte.  Il y a des événements qui appartiennent au passé, et d’autres qui continuent de vivre en nous, quoi qu’on fasse. Sa mort appartient à cette seconde catégorie. On attend d’un deuil ancien qu’il obéisse à une séquence : la douleur s’atténue, la raison prend le…

  • Le silence des agneaux :Ou jusqu’où peut-on aller quand plus personne n’a plus le droit de dire non ?

    Il y a peut-être une question qui permet de comprendre mieux que toutes les autres la manière dont Kaïs Saïed exerce le pouvoir : Jusqu’où puis-je aller sans que personne ne puisse m’arrêter ? Il ne la formule évidemment pas ainsi. Les hommes de pouvoir parlent rarement de leurs méthodes. Ils parlent de la volonté…

  • La seconde et les années

    Sur la maladie, le temps du corps et l’exercice du soin Il y a des scènes que tout anesthésiste-réanimateur finit par connaître presque par cœur, tant elles marquent et tant elles demeurent chaque fois bouleversantes. Un ouvrier de chantier tombe d’un échafaudage. Il est amené à l’hôpital dans le coma. Un cœur s’arrête sur une…

  • Le devoir d’accompagnement en fin de vie

    En avril 2002, le regretté Professeur Béchir Hamza, alors président du Comité National d’Éthique Médicale (CNEM), m’a confié la coordination d’un groupe de réflexion sur l’arrêt ou la non-mise en œuvre d’un traitement de réanimation. Notre équipe pluridisciplinaire a remis ses conclusions en septembre 2003. Plus de vingt ans après, ce sujet n’a rien perdu…