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Éducation en Tunisie : Quand le diplôme n’est plus synonyme de réussite

Le mythe selon lequel les diplômes assurent la réussite sociale est profondément ancré dans la culture tunisienne, où la réussite scolaire des enfants est une priorité pour toutes les familles. 

Historiquement perçue comme un vecteur d’égalité des chances et un véritable ascenseur social, l’école peine aujourd’hui à remplir cette fonction. 

Depuis les années 1990, la marchandisation de l’éducation a exacerbé les inégalités sociales, transformant l’école en un reflet des disparités existantes. Les résultats des examens et concours de fin de cycle révèlent chaque année cette fracture, mettant en lumière des injustices criantes, notamment entre les régions côtières et celles de l’intérieur. Les élèves issus de milieux favorisés, mieux préparés, surpassent systématiquement leurs pairs défavorisés. Bien que ces réalités soient bien documentées, elles restent souvent en-dehors des priorités sociétales.

Les racines des inégalités scolaires sont multiples. Les ressources matérielles et culturelles des familles jouent un rôle prépondérant. Les familles aisées disposent d’un capital économique, social et culturel qui leur confère un avantage décisif. Elles peuvent offrir à leurs enfants des ressources éducatives variées, des activités extrascolaires enrichissantes, des séjours linguistiques et un cadre de vie propice à l’apprentissage. On ne peut pas le leur reprocher.

En revanche, le rôle de l’état est de rétablir l’égalité des chances pour ses enfants. Ceux des milieux modestes subissent les effets de conditions de vie précaires. Ces inégalités matérielles se doublent de différences dans la valorisation de la réussite scolaire.

L’accès aux infrastructures éducatives illustre également ces inégalités. Dans les grandes villes et les zones côtières, les écoles bénéficient généralement d’équipements modernes, de bibliothèques bien fournies et d’enseignants qualifiés. À l’inverse, les établissements situés en zones rurales ou économiquement défavorisées souffrent d’un sous-financement chronique, de classes surchargées et d’un manque de matériel pédagogique. Le manque de transports scolaires aggrave encore cette situation, entravant la régularité et l’assiduité des élèves.

Les différences de performance scolaire sont également liées à la maîtrise de la “culture légitime”. Les enfants issus de milieux favorisés possèdent un capital culturel qui répond aux attentes scolaires, tandis que ceux de milieux modestes manquent souvent de ces opportunités, les plaçant en désavantage dès leur entrée à l’école. De plus, les pratiques pédagogiques, bien que souvent animées de bonnes intentions, peuvent involontairement renforcer ces inégalités. Les élèves de milieux favorisés, plus familiers avec les codes scolaires, sont souvent davantage sollicités par les enseignants, tandis que ceux issus de milieux modestes, plus réservés, reçoivent moins d’attention.

Les mécanismes psychologiques et sociaux viennent encore aggraver les inégalités. La menace du stéréotype peut pousser les élèves défavorisés à intérioriser des préjugés sur leurs capacités, ce qui impacte leurs performances dans des contextes compétitifs. Par ailleurs, la comparaison sociale joue un rôle néfaste, affectant l’estime de soi des élèves.

Pour lutter contre ces inégalités, plusieurs solutions sont envisageables. Former les enseignants à reconnaître et à combattre leurs biais inconscients est essentiel. 

Des méthodes pédagogiques valorisant les progrès individuels et favorisant des interactions équitables en classe peuvent réduire les écarts. Un financement accru des établissements défavorisés, notamment en milieu rural, est crucial pour garantir une éducation équitable. 

La mixité sociale et scolaire, encouragée par des politiques de sectorisation inclusives, pourrait également atténuer la ségrégation entre établissements. 

Enfin, des initiatives visant à soutenir les familles, telles que l’accès à des bibliothèques publiques ou des activités extrascolaires gratuites, permettraient aux enfants de milieux modestes de développer leur capital culturel.

Bien que l’école soit souvent critiquée pour sa contribution à la reproduction des inégalités sociales, elle a le potentiel d’être un puissant levier de transformation. Cela nécessite des réformes structurelles ambitieuses et un engagement collectif pour faire de l’égalité des chances une réalité tangible, dépassant la simple promesse.

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