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Une Participation Citoyenne Éclairée aux Élections 

En tant que tunisiens, nous avons souvent l’impression que notre expérience est singulière. Pourtant, en observant attentivement notre environnement global, il devient évident que nous partageons, avec une grande partie de l’humanité, des défis et des aspirations similaires. Certes nous détenons des records mondiaux en matière d’abstention mais ce phénomène bien que moins important ailleurs est loin d’être une spécificité tunisienne.

L’année 2024 est marquée par une dynamique électorale sans précédent à travers le monde, avec des élections présidentielles, législatives et municipales. Des pays comme l’Inde, les États-Unis, la Pologne, la Belgique, la France, le Canada, le Brésil, le Népal, le Nigeria, la Côte d’Ivoire, la Tanzanie, le Sénégal, le Malawi, l’Algérie et la Tunisie ont récemment vécu, ou se préparent à vivre, des élections déterminantes.

Voter ne garantit pas à lui seul le bon fonctionnement d’une démocratie. Voter est à la fois un droit et une obligation. En tant qu’acte profondément personnel, le choix individuel d’un citoyen seul dans l’isoloir a une portée symbolique inestimable. Tout en s’inscrivant dans un contexte sociétal plus large voter représente un engagement citoyen. Voter va bien au-delà d’un simple acte ponctuel ; c’est un engagement durable envers le bien-être collectif. La participation active de chacun, où chacun peut influencer le cours des événements, c’est difficile à réaliser quand on pense qu’on n’est qu’une voix sur plusieurs millions et pourtant chaque voix compte.

En se rendant aux urnes, les électeurs réaffirment leurs valeurs et contribuent à une histoire collective de lutte pour les droits civiques. C’est en quelque sorte un hommage rendu à ceux qui ont donné leur vie pour qu’on puisse jouir de ce droit. Chaque bulletin devient un symbole de solidarité sociale. À l’inverse, l’abstention témoigne d’un rejet, il est symbolique et synonyme de valeurs opposées et mérite notre interrogation.

Mais voter doit faire partie d’un processus électoral. Une dynamique qui est un droit où chacun peut questionner les candidats et les partis politiques, d’exprimer ses préoccupations citoyennes et de défendre des causes essentielles. L’absence de dialogue avec les candidats prive les élections de leur véritable signification et est une intolérable transgression d’un droit.

Cependant, cette effervescence électorale mondiale cache une réalité préoccupante : les étapes qui devraient mener des citoyens libres de leur choix à l’isoloir sont soit ignorées soit perverties. 

Des régimes autoritaires, des militaires putschistes en quête d’un semblant légitimité adoptent divers stratagèmes pour se rendre fréquentables, cela va des restrictions de la liberté d’expression, en passant par la désinformation sur les réseaux sociaux et l’utilisation des ressources publiques pour des campagnes biaisées à la réécriture de la constitution ou l’interdiction de réunions électorales des adversaires.

Au delà des pourcentages, parfois surréalistes, il est légitime de s’interroger sur la signification réelle des résultats électoraux. Quelle validité peut avoir une majorité obtenue dans de telles conditions ? Quand les droits des candidats sont souvent bafoués, et l’équité entre les participants disparaît quelle portée peut avoir une élection avec un taux de participation famélique et 90% des voix.

Comment s’étonner de la place prise par les discours populistes quand la politique se transforme en un spectacle médiatique où l’image et l’émotion prévalent dans le contenu et le débat. La communication prend des allures de propagande. Une publicité mensongère.

Les responsables politiques, sous les projecteurs, tentent de projeter une image « authentique » à l’écoute du peuple, un père protecteur, cela se fait au détriment des projets. Cette personnalisation excessive brouille la frontière nécessaire entre les élus et les électeurs, détournant la politique de son rôle de défenseur de l’intérêt général.

C’est ainsi que les élections se muent en une illusion soigneusement orchestrée, laissant les citoyens face à un dilemme : soutenir un candidat déconnecté de leurs aspirations ou s’abstenir, renforçant ainsi ceux qui tirent les ficelles du pouvoir. La notion même de majorité se brouille.

Pour restaurer la confiance dans nos institutions, il est essentiel de revenir aux valeurs fondamentales de la démocratie : transparence, équité et respect des droits de chacun d’être candidat et de voter. L’un ne va pas sans l’autre.

Le processus électoral et les institutions ont un sens, les piétiner du pays est un calcul à courte vue. On ne peut pas prétendre être un patriote et tricher lors des élections. C’est une insulte faite à chaque électeur. L’avenir de la démocratie dépend de notre capacité collective à réaffirmer ces valeurs essentielles face aux tentations qui pourraient compromettre le bien commun au profit d’intérêts personnels ou d’émotions éphémères.

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