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Tunisie : face au racisme, préserver notre humanité

Nous avons tous gardé en mémoire ces tristes scènes : des citoyens tunisiens « respectables », des petits bourgeois tranquilles, légèrement corrompus, pourchassaient des migrants d’Afrique subsaharienne. La raison invoquée était leur statut administratif, mais la vraie motivation était moins rationnelle, enracinée dans la peur, le préjugé et une méfiance irrationnelle envers l’étranger.

Les chiffres sont clairs : selon le FTDES, environ 28 000 migrants subsahariens vivent en Tunisie, et La Presse avance le chiffre de 60 000. Même avec les estimations les plus élevées, cela représente moins de 0,5 % de la population locale. Alors pourquoi une telle crispation ? La théorie du « grand remplacement » n’est rien d’autre qu’un fantasme : un complot international visant à substituer la population tunisienne par des étrangers. Dans un pays confronté à des difficultés économiques, sociales et politiques, cette peur irrationnelle s’enflamme facilement, mais elle ne peut justifier la violence.

En réalité, les migrants sont des êtres humains, souvent victimes de racket, d’exploitation ou de trafiquants. Beaucoup travaillent dans de petits emplois pour rassembler l’argent nécessaire à leur passage vers l’Europe. Même les plus hostiles reconnaissent cette réalité. Ces situations ne justifient en aucun cas les violences collectives auxquelles nous assistons : jeter des femmes, des hommes et des enfants dans le désert, sans eau ni nourriture, est inhumain et intolérable.

Racisme et stigmatisation : un mal qui ronge la société

Le racisme n’est pas un phénomène nouveau. Il a été consolidé par l’histoire coloniale, l’esclavage et les politiques de hiérarchisation raciale. Il se perpétue aujourd’hui dans les préjugés quotidiens : classer les individus en fonction de leur origine géographique ou culturelle, juger leur valeur selon leur couleur de peau, leur religion ou leur appartenance ethnique. Ces attitudes peuvent sembler anodines, mais elles créent une gangrène sociale, minent la cohésion et déshumanisent les relations humaines.

Chaque individu mérite d’être jugé sur ses qualités, son caractère et ses actions, non sur sa provenance. Nelson Mandela le rappelait : « La véritable mesure d’un homme ne se trouve pas dans sa nationalité, sa religion ou la couleur de sa peau, mais dans la force de son caractère et de ses idéaux. »

Une responsabilité collective

La Tunisie, et plus largement le Maghreb, a un rôle à jouer pour défendre la diversité, la tolérance et les valeurs humanistes. Les dirigeants politiques doivent rejeter fermement les discours de haine, promouvoir le dialogue interculturel et protéger les droits fondamentaux des migrants.

L’Union européenne ne peut se contenter d’être le simple financeur des polices de frontières. Elle doit assumer ses responsabilités en garantissant l’accueil des migrants dans des conditions dignes, respectueuses de leurs droits, et en soutenant des politiques qui favorisent l’intégration et la protection humaine.

Une question d’éducation et de conscience

Le racisme est une maladie de l’esprit et du cœur, selon Mamphela Ramphele, qui ne peut être éradiquée qu’à travers l’éducation, la sensibilisation et le dialogue. Déconstruire les préjugés demande un effort collectif : reconnaître chaque individu comme unique, complexe et digne de respect, indépendamment de son origine.

Ce combat n’est pas seulement moral, il est démocratique. Une société qui tolère la stigmatisation des migrants finit par se trahir elle-même. La solidarité, la justice et la compassion ne sont pas des luxes : elles sont le fondement d’une société équilibrée, capable de résister aux peurs irrationnelles et aux discours haineux

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