» Tout ce qui est excessif est insignifiant » – Talleyrand
Depuis le 25 juillet, ma plume sidérée ne pouvait plus demeurer muette face aux injustices qui se multiplient. Au-delà des polémiques incessantes sur les interprétations de l’article 80 de la constitution et les implications du décret du 22 septembre 2021 sur la démocratie, il est indéniable que le discours du président de la république utilise les artifices de la communication populiste.
Les faits sont évidents et presque quotidiens : se proclamer seul porte-parole d’un peuple unifié, opposer des dates symboliques de la révolution, brandir un nationalisme de surface, dénoncer les ennemis intérieurs et extérieurs, stigmatiser les riches et les puissants comme les responsables de la misère populaire. Tout cela, au nom de la souveraineté nationale et de la lutte contre l’hégémonie occidentale, semble être une stratégie pour faire avaler des vérités amères. Les discours répétitifs, parsemés d’expressions douteuses, d’une diatribe mêlant trivialités et références religieuses superficielles, laissent de côté les véritables enjeux économiques, les réformes nécessaires et les sacrifices incontournables pour redresser le pays.
Mais, à mon sens, la plus grande supercherie consiste à faire croire à une large frange de la Tunisie que les dix dernières années ont été une période sombre, responsable de tous nos maux. Car selon cette thèse simpliste, la Tunisie d’avant 2011 aurait été prospère, sans corruption, avec une administration efficace, un modèle économique moderne, un enseignement de qualité et un système de santé performant. Cette vision idéalisée de la période pré-2011 est une tromperie acceptée par beaucoup, sans discernement.
Soyons sérieux. Le marasme de la Tunisie avant 2011 n’est jamais évoqué. Certes, j’ai voté en connaissance de cause et par conviction pour le camp des « zéros virgule » lors des élections, n’ayant jamais cru aux programmes d’Ennahdha ou de Nida. Cependant, je suis convaincu que les dix dernières années ont été marquées par des avancées réelles, bien que décevantes pour de nombreux citoyens. Les acquis ne peuvent être perçus positivement par ceux qui ont vu leur quotidien se détériorer, leur pouvoir d’achat diminuer et l’autorité de l’État être bafouée. L’insécurité est réelle, les accusations fusent, mais personne ne prend la responsabilité de la situation.
Il n’est pas de mon ressort de dresser un bilan exhaustif des aspects positifs et négatifs de la dernière décennie. Toutefois, en tant qu’acteur et observateur privilégié pendant les cinq premières années après la révolution, je ne peux rester silencieux face à une manipulation flagrante des faits, à une déformation de l’histoire et à une atteinte à l’honneur de patriotes sincères.
Utiliser indécemment un mécontentement populaire légitime pour imposer une vision personnelle, confuse et énigmatique est une manœuvre politicienne. Tout n’est pas permis au nom de sondages ou du vote d’il y a deux ans, où une grande partie des citoyens n’avait pas vraiment eu de choix.
Objectivement, des avancées ont été réalisées par notre pays au cours des dix dernières années, indéniables et historiques, même si les immenses attentes de nos concitoyens ont été déçues.
Il est excessif et injuste de condamner tous les hauts fonctionnaires, députés et ministres qui ont travaillé de 2011 à 2021. Il s’agit d’une manipulation intentionnelle de l’histoire. Certains ont sacrifié leur carrière et leur vie de famille par conviction, croyant que servir la nation était un honneur suprême. Ils ont fait face à l’adversité, géré des situations difficiles, et ont contribué, chacun à sa manière, à maintenir le navire Tunisie à flot.
Certes, tous ceux qui étaient aux commandes ne sont pas des saints, mais sachons reconnaître le bon grain de l’ivraie. Traitons avec lucidité et justesse les hommes et femmes qui ont servi le pays durant cette période. Les caricaturer ainsi n’est pas digne d’une démocratie. Reconnaître le positif ne signifie pas ignorer les échecs, mais l’objectivité doit primer sur la manipulation politique.
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