Une question cruciale pour la transparence et l’intégrité
La définition du conflit d’intérêts comme « le risque de perdre son indépendance intellectuelle ou son objectivité et de se trouver ainsi fragilisé dans l’exercice de ses responsabilités » constitue un point central dans les discussions contemporaines. Le sociologue Quentin Ravelli, dans un article paru dans Libération le 20 avril 2015, qualifie le conflit d’intérêts lié aux médicaments de « structurellement organisé ». Il explique que les experts, loin d’être simplement corrompus, sont souvent pris au piège de leur propre expertise, oscillant entre la nécessité de travailler avec les industriels pour acquérir une connaissance approfondie des produits et la gestion des contradictions inhérentes à cette dualité.
Cette problématique, bien que présente dans diverses professions, revêt des dimensions particulières dans le domaine de la santé. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’évolution du concept de responsabilité pour les professionnels de la santé a dépassé celle de nombreuses autres professions. L’instauration de systèmes de santé publique et l’aspiration à une couverture médicale universelle ont conféré aux professionnels de la santé un pouvoir immense et une responsabilité exceptionnelle.
Ainsi, la question légitime de l’indépendance des professionnels de la santé se pose, car la confiance dans cette indépendance est cruciale. L’image d’une profession guidée uniquement par les intérêts du patient est fondamentale, car elle incarne une confiance totale accordée par la société à une profession prescriptrice et dispensatrice. Cependant, cette confiance est mise à l’épreuve par les scandales récents dans le domaine médical.
Le défi actuel consiste à préserver les acquis du système de santé en mettant en avant des valeurs telles que la loyauté et l’impartialité. Il est impératif de répondre à l’exigence croissante de transparence pour éviter une crise de confiance dans le système de santé et, par extension, dans la démocratie représentative elle-même.
Cette démarche ne doit pas exclure la sanction des contrevenants, mais elle devrait surtout impliquer la mise en place de mécanismes de prévention et de sanction par les autorités publiques. Cependant, il est essentiel de ne pas stigmatiser les professionnels de la santé. L’accent doit être mis sur la sensibilisation aux impératifs de leur exercice, tout en distinguant clairement les liens d’intérêts des conflits d’intérêts.
La frontière entre un lien d’intérêt vital et une situation de conflit d’intérêts est délicate à définir. Une transparence totale est nécessaire, mais elle n’est pas suffisante. Les mécanismes de prévention doivent éviter la stigmatisation des professionnels, car il est faux de penser qu’ils ne peuvent pas avoir de liens d’intérêts tout en exerçant dans le même domaine.
La dissimulation de liens d’intérêts légitimes suscite le doute, mais il est tout aussi important de définir clairement ce qui constitue un intérêt. Le flou entourant cette notion doit être dissipé par des mécanismes clairs et des règles transparentes. Les initiatives déjà entreprises dans les pays riches du nord, telles que le Physician Payments Sunshine Act de 2010 aux États-Unis, offrent des modèles à suivre.
Il est grand temps que les pays du sud prennent des mesures sérieuses pour mettre en œuvre de telles règles et répondre efficacement à ces défis. En renforçant la confiance dans le système de santé, ces mesures contribueront à prévenir une crise de confiance plus large, alimentée par les réseaux sociaux et l’accès instantané à l’information. La défiance et le doute dans la validité des résultats médicaux sont des menaces qu’il est essentiel d’éviter dans un monde connecté où la moindre faille peut devenir une crise.
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