Les tragédies nationales récurrentes, comme celles de Sabala et des nouveaux-nés, ont mis en lumière les failles du système gouvernemental, exacerbées par des réponses publiques qui suscitent à la fois la révolte et le dégoût. Alors que ces drames devraient mener à une réflexion sérieuse sur la responsabilité des dirigeants et la gestion des secteurs vitaux de l’État, nous avons plutôt été témoins de diverses tentatives de diversion et de solutions temporaires dénuées de profondeur.
Le Rôle de l’État : Responsabilité ou Dérive ?
À chaque crise, l’État semble répondre par des mesures symboliques et inefficaces, au lieu de s’attaquer aux causes profondes des problèmes. Que ce soit à travers des annonces médiatiques promettant des distributions de terre, des logements, des transports ou des infrastructures, le spectacle des promesses sans lendemain devient une habitude. La dernière en date : l’octroi de dix brebis pour chaque famille affectée par un drame. Comment a-t-on pu oser présenter une telle réponse à des citoyens en détresse ? Ce n’est pas un geste d’État responsable, mais plutôt une aumône, une tentative de donner l’illusion de la prise en charge sans assumer la responsabilité de la gestion publique.
Il ne s’agit pas ici de charité privée, ni de réponses individuelles, mais de l’engagement d’un État à remplir ses devoirs envers ses citoyens. À chaque crise, ce sont des vies qui sont affectées, des familles brisées, et l’État, plutôt que de résoudre les problèmes de fond, semble s’adonner à un exercice de gestion de l’image et de diversion. C’est un marché de dupes où la souffrance des victimes est instrumentalisée à des fins politiques et électorales.
L’Indécence d’une Politique de Compensations Injustifiées
Le modus operandi reste le même depuis des années : quelques têtes tombent, des responsables font acte de contrition, mais en réalité, les solutions apportées sont superficielles. Les mesures d’urgence sont, dans leur essence, une façon d’acheter la paix sociale et de dissiper les colères immédiates, mais elles ne règlent en rien les crises de fond. On distribue des compensations comme si le mal était quantifiable et réparable par des dons matériels. Ce n’est pas l’État qui fait son devoir, mais la bonne volonté de certains individus, qui cherchent à maintenir leur position de pouvoir en jouant sur les émotions collectives.
Cet activisme à court terme est non seulement inefficace, mais il est aussi profondément indécent. Les responsables politiques semblent parfois percevoir ces drames comme des occasions d’affirmer leur puissance ou de se poser en sauveurs. Cette approche politicienne ne fait qu’aggraver le sentiment de déconnexion entre les gouvernants et les gouvernés.
La Crise de l’État-Providence : L’Abandon Progressif du Social
L’une des causes profondes de ces défaillances réside dans le désengagement progressif de l’État des secteurs sociaux essentiels. Depuis des décennies, l’État s’éloigne des préoccupations sociales, préférant des solutions axées sur le marché privé. La crise de l’État-providence ne fait que s’intensifier, au détriment des plus vulnérables.
L’argument des politiques néolibérales, qui affirme que la solution passe par l’initiative privée, a été constamment mis en avant. On nous répète que l’État ne peut plus assumer ses responsabilités, que les secteurs sociaux doivent se tourner vers le privé, que les transporteurs publics doivent céder la place aux entreprises privées, et que même l’éducation et la santé doivent désormais être privatisées. Cela a transformé le rôle de l’État en simple régulateur, sans mission sociale, engendrant des inégalités de plus en plus flagrantes.
Le système de compensation, bien qu’il ait des mérites dans certains cas, semble s’être transformé en un prétexte pour réduire encore plus les interventions publiques. L’abolition des mécanismes de solidarité sociale, comme la caisse de compensation, ne va pas dans le sens d’une réforme équitable, mais plutôt d’une déresponsabilisation progressive de l’État.
Les Dérives des Discours et des Pratiques Politiques
Les discours politiques actuels semblent se perdre dans des promesses vagues et des explications fumeuses. Il est devenu évident que les gouvernements qui se sont succédé depuis 2015 manquent cruellement de vision et de direction. Il est inutile de continuer à tromper les citoyens avec des solutions à court terme et des annonces spectaculaires qui ne résolvent rien.
La solution ne réside pas dans une énième promesse de résolutions rapides et de compensations symboliques, mais dans un engagement réel et structuré. Il est urgent d’arrêter de traiter les citoyens comme des enfants à qui l’on distribue des bonbons, tout en continuant à ignorer les causes profondes des inégalités et des crises.
Réinventer l’État-Providence : Un Contrat Social pour l’Avenir
Il est devenu évident que l’État-providence, dans sa forme actuelle, est en crise. Mais plutôt que de se résigner à sa disparition, il est impératif de le réinventer. La société a évolué, et les exigences des citoyens se sont adaptées. Responsabiliser les citoyens, renforcer la cohésion sociale, et soutenir la société civile ne peuvent plus être des promesses en l’air. Ils doivent devenir des priorités réelles et tangibles, sur lesquelles le gouvernement doit engager sa responsabilité.
À l’approche des élections, il est temps de clarifier les intentions des dirigeants. Le flou et les manœuvres politiques des élections précédentes ont trop duré. Les citoyens méritent une vision claire et des solutions précises. Ces crises sont des opportunités pour reconstruire un contrat social solide, qui repose sur la citoyenneté et la justice sociale, et non sur l’aumône ou l’assistance ponctuelle.
Le Temps de l’Audace Politique et Sociale
Le gouvernement doit se rappeler que la gestion des crises ne se résume pas à une série de gestes symboliques ou de promesses déconnectées de la réalité. Il doit s’engager dans un véritable travail de reconstruction d’un système social équitable, où l’État joue un rôle central dans la redistribution des richesses et la garantie des droits fondamentaux pour tous. Les promesses sans lendemain et la manipulation des drames sociaux ne feront qu’approfondir le fossé entre les gouvernants et la population.
Il est temps de repenser l’avenir de la Tunisie sous un angle de solidarité, d’égalité et de justice sociale. Il est temps de restaurer la confiance, non à travers des gestes vains, mais par une action politique concrète et audacieuse.
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