Les envolées de Kaïs Saïed, ses déclarations virulentes, son autoritarisme rampante, ont perdu l’impact qu’elles pouvaient avoir autrefois. Ce discours simpliste et ses accusations à l’emporte-pièce, jadis suffisants pour galvaniser une base populaire désenchantée, ne font plus illusion. Ses projets, souvent irréalistes, mal définis et dépourvus de toute analyse approfondie, ne parviennent plus à étonner. Ils sont désormais perçus pour ce qu’ils sont : des chimères, des promesses en l’air, souvent trop éloignées des besoins réels du pays. Les experts, qui autrefois lui prêtaient attention, n’y prêtent plus qu’un regard circonspect. Mais au-delà des simples faits, ces coups de menton cachent une vision bien plus inquiétante : celle d’un pouvoir qui, peu à peu, s’épanouit dans l’illusion de la légitimité populaire, tout en étouffant l’essence même de ce qui fut, il n’y a pas si longtemps, un idéal démocratique.
Depuis son ascension au pouvoir en 2019, Kaïs Saïed a montré une ambition claire : celle de concentrer tous les pouvoirs entre ses mains, d’étouffer le pluralisme politique et d’imposer une vision autoritaire. L’idée de démocratie qu’il semblait incarner lors de sa montée en puissance s’est effondrée rapidement sous le poids de la réalité : une politique répressive, populiste et de plus en plus fermée aux voix discordantes. Saïed, qui était censé incarner l’espoir d’une nouvelle ère, s’est révélé être le fossoyeur d’une transition démocratique, celui qui a renié les principes fondamentaux de la révolution de 2011, tout en se réclamant de ses idéaux.
Le rejet de l’ordre établi, l’imposition d’un nouvel ordre autoritaire
Si l’élection de Kaïs Saïed en 2019 reposait sur un rejet global de l’establishment politique tunisien, l’homme, en accédant au pouvoir, a vite montré son véritable visage. Il ne s’agissait pas seulement de réformer, mais de centraliser tout pouvoir en une seule main, d’éliminer toute forme de contestation et d’associer la légitimité du peuple à un seul et unique projet : le sien. Les insultes et les accusations à l’encontre des opposants, traités comme « traîtres », « vermines », « vendus » ou « corrompus », n’étaient que les prémices d’une dérive autoritaire, à laquelle l’histoire nous a malheureusement habitués. La répression systématique et l’éradication des espaces de liberté sont devenues des moyens de maintenir ce pouvoir en place, au détriment des libertés individuelles et collectives.
Ce climat de peur a été exacerbé par la mise en place d’un système de surveillance de la société civile. La répression ne se limite plus aux simples opposants politiques ; elle s’étend désormais aux avocats, aux journalistes, aux militants des droits humains, et même aux sportifs. La liberté d’expression, autrefois considérée comme un pilier des acquis démocratiques, a été sérieusement érodée, et le simple fait de contester devient désormais un acte risqué.
L’incohérence économique et la dérive populiste
Alors que la situation économique de la Tunisie se dégrade, Kaïs Saïed semble déconnecté des réalités quotidiennes de ses citoyens. L’inflation galopante, le chômage croissant, les pénuries alimentaires, et la corruption endémique sont des symptômes d’une crise plus profonde. Cependant, au lieu de proposer des solutions structurées et réfléchies, le président opte pour des idées déconnectées de l’économie réelle : des projets flous, des promesses non chiffrées, comme cette idée de sociétés communautaires. Ces projets, pourtant qualifiés de solution à tous les maux du pays, ne reposent sur aucune base sérieuse et ne sont en réalité que des palliatifs idéologiques qui ne sauraient masquer la faillite du système.
La politique de Kaïs Saïed refuse l’acceptation des lois du marché et s’abandonne à un populisme facile, qui ne cherche qu’à apaiser une partie de la population en lui offrant des illusions. À travers ses discours, il veut incarner l’homme du peuple, celui qui se bat contre un système qu’il prétend détruire, mais en vérité, il en est devenu l’un des plus grands architectes. Le rejet des institutions économiques et des partenariats internationaux fragilise encore davantage le pays. L’absence de réformes structurelles claires, couplée à une méfiance croissante à l’égard des investissements étrangers, fait de la Tunisie un terrain peu propice à l’émergence d’une économie dynamique.
La répression et l’instrumentalisation du discours populiste
Sous couvert de « lutte contre les ennemis de la nation », Kaïs Saïed a recours à un discours de plus en plus xénophobe et haineux. La diabolisation des migrants, notamment des migrants subsahariens, est un phénomène inquiétant. Le président alimente cette peur, la transforme en une pseudo-réalité où les « envahisseurs » seraient responsables de la dégradation du pays. Ce discours est pernicieux et extrêmement dangereux, car il fomente la division, exacerbe les tensions sociales et crée des boucs émissaires là où il devrait y avoir des solutions d’intégration et de coopération.
Dans le même temps, le soutien tacite, voire explicite, de l’Union Européenne au régime de Kaïs Saïed dans des dossiers comme la migration ou la lutte contre le terrorisme montre combien l’intégrité démocratique de la Tunisie est sacrifiée au nom de considérations géopolitiques. En fermant les yeux sur les violations des droits humains en Tunisie, l’Europe se rend complice d’un régime qui piétine les fondements de la démocratie et de l’État de droit. Le cynisme de cette attitude, qui prétend privilégier la stabilité au détriment des libertés, est frappant.
Une incertitude totale pour l’avenir démocratique de la Tunisie
Aujourd’hui, la Tunisie est plongée dans une incertitude totale. Les partis politiques, les syndicats, les médias et les organisations de la société civile sont réduits au silence ou, à tout le moins, sous une surveillance constante. Le climat de répression engendré par Kaïs Saïed sape les fondements même de la démocratie. Les prochaines élections présidentielles, prévues pour 2024, apparaissent comme un point d’interrogation majeur. Les libertés sont étouffées, l’opposition est muselée, et la peur s’est installée comme moteur de la politique. Dans ce contexte, il est difficile de voir comment un processus démocratique sain pourrait émerger.
Le projet de Kaïs Saïed, qui se voulait celui d’une Tunisie souveraine et indépendante, a fait basculer le pays dans une dérive autoritaire qui met en péril non seulement les acquis de la révolution, mais aussi l’avenir même de la démocratie en Tunisie. Les promesses d’émancipation et de modernisation, en réalité, ont laissé place à une régression douloureuse. La question se pose désormais : quel sera le prix de cette dérive ? Et comment la Tunisie pourra-t-elle sortir de cette spirale de répression pour retrouver une trajectoire démocratique et de progrès ? La réponse demeure incertaine, mais une chose est claire : la liberté et la dignité du peuple tunisien ne doivent pas devenir des otages du pouvoir.
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