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Coupable …  Non responsable… !?

Septembre 94

Le face à face moral unissant le malade à son médecin est parfois rompu par l’irruption d’un troisième partenaire : la justice. Dès lors se trouvent réunies, les composantes d’un drame humain, professionnel et quelquefois financier, nonobstant la teneur du verdict des hommes de Thémis. Ce drame pourra même atteindre une dimension nationale en cas d’immiscions des médias.

 L’anesthésie réanimation est exposée plus que toutes les autres spécialités.

Toute complication, tout incident anesthésique est vécu à priori comme une erreur.

Qui n’a pas entendu un malade en passe de subir une intervention parfois vitale, affirmer qu’il n’avait peur que de l’anesthésie ? Cette peur tient peut être du fait que tout être humain a une forte probabilité d’être anesthésié au moins une fois dans sa vie.  La sécurité en anesthésie concerne de près tout le monde et plus d’un titre.

En excluant d’emblée les négligences graves,  la spécificité du risque anesthésique à deux composantes, qui, additionnées doivent tendre idéalement vers Zéro pour aboutir à une sécurité de 1 :

  1. Le risque patent : Ici l’erreur est purement médicale ou encore technique comme la difficulté d’intuber, ou l’impossibilité de réussir une péridurale.
  2. Le risque latent : Là, la faute est tributaire de l’existence ou non d’un  environnement humain, architectural et technique, répondant aux normes requises (voir plus loin l’excellent article de G.MILON) :

Toute analyse d’un accident d’anesthésie doit tenir compte de la part respective de chacun de ces deux risques dans la survenue de cet accident.

Le cas de figure typique est qu’à partir d’une difficulté banale, comme l’impossibilité d’intuber, on en arrive à l’accident gravissime en raison de l’absence d’un laryngoscope de secours ou d’un striomètre ou encore d’un confrère dans les partages. Donc à partir d’un risque patent humain acceptable, nous arrivons à démasquer les manquements graves aux règles de sécurité donc au risque latent inacceptable.

En Finlande, le contrôle de la composante humaine du risque latent à permis de diminuer le risque anesthésique de 2 à 0,15 décès pour 10.000 anesthésies : on a intelligemment multiplié par deux le nombre de médecins anesthésistes. Aux U.S.A, l’enquête faite par L’A.S.A.  montre que les accidents respiratoires qui sont les plus fréquents et les plus graves ont été divisés par un facteur de dix grâce à l’introduction dans les blocs de capnographes et de saturomètres , c’est le volet technique du risque latent qui a été contrôlé.

Par ailleurs, toutes les enquêtes épidémiologiques le démontrent, le risque d’accident anesthésique grave peut être  réduit à quasi zéro, par des mesures simples et peu couteuses, ainsi le risque d’accident anesthésique grave aux U.S.A est de 0,9/10 .000 anesthésies, il n’est que de 0,06 en Grande Bretagne.

Je reste persuadé qu’en Tunisie nous sommes capables  de progresser rapidement dans ce domaine de la sécurité grâce à des mesures simples et de bon sens,  la première consiste à responsabiliser automatiquement le le médecin anesthésiste chaque fois qu’il s’agit non seulement d’un problème médicale mais aussi de problèmes d’équipement  ou de gestion quotidienne. 

En outre et devant l’ampleur du drame humain aussi bien pour le malade et sa famille que pour le médecin anesthésiste et l’institution où il exerce, tenant compte du fait qu’un seul accident peut briser une famille, une carrière ou ruiner une institution, nous nous devons de réagir pour exiger qu’un état des lieux dans les différentes structures sanitaires soit établi et pour que des normes anesthésiques tunisiennes soient mises en place afin que chacun soit réellement responsable.

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