,

Le Dernier Recours !

Les dernières heures ont été riches en rebondissements. L’alliance gouvernementale défunte entre Ennahdha et Tahya Tounes, abusivement appelée gouvernement d’union nationale, a franchi le mur du son en matière de revirements. Alors qu’elle dirige toujours le pays tout droit dans le mur, voilà que du jour au lendemain, ces anciens partenaires se lancent des invectives en public.

C’est probablement l’une des composantes de la fameuse stabilité gouvernementale vantée au parlement lors du vote de confiance pour un ministre de l’intérieur un certain 30 juillet 2018 ! Une comédie à l’italienne.

Inutile de revenir sur leurs explications toutes aussi ridicules les unes que les autres. L’essentiel est que Tahya, ayant fait son deuil des élections perdues, s’est découvert une nouvelle « idole » : le président de la République. Remarquez que politiquement, tout sépare Tahya de la vision du président, mais ils ne s’arrêtent pas sur ce genre de détails ; la Kasbah vaut bien des allers-retours pluriquotidiens à Carthage.

Quant à Ennahdha, n’ayant en tête qu’une idée, décimer la famille centriste, elle est prête à tous les sacrifices pour s’allier avec Qualb Tounes. Ici aussi, vous remarquerez que tout sépare les deux parties, mais pour Ennahdha, il est trop tentant de refaire le même coup qu’en 2012 avec Ettakatol et CPR, et en 2015 avec NIDA et autres.

L’article 89 de la constitution comme une baïonnette, la guerre de tranchées peut commencer. On peut se le permettre avec un taux de croissance à 1% et 650 000 chômeurs, nous n’avons aucune inquiétude à nous faire pour l’avenir du pays. Certes, et à titre d’illustration, après leurs inaugurations en grandes pompes, le champ Nawara et la centrale photovoltaïque de Tozeur posent toujours quelques problèmes. Certes, les accords avec l’UGTT n’ont pas été appliqués, et le FMI refuse, pour le moment, de débloquer les dernières tranches de son prêt. Mais ce sont des détails ; plus importante est la lecture de l’article 89.

Plus sérieusement, notre jeune démocratie est en train de grandir, le chemin est long vers la maturité, à chaque étape nous allons commettre des erreurs, sauf que certaines erreurs pourraient être fatales si elles se reproduisent trop souvent, et c’est le chemin que nous prenons.

Ce que d’aucuns ont appelé impasse constitutionnelle ne peut se régler en l’absence d’une cour constitutionnelle, mais elle ne verra probablement jamais le jour cette cour car ils n’en veulent pas ! Une loi électorale imparfaite débouchera toujours sur des incohérences, par exemple, 70% des députés ont été élus grâce aux reliquats des voix ! Sans transparence sur les financements de la vie politique, les valises de dollars continueront à circuler librement ! Une presse aux abois financièrement devient une proie facile pour les groupes d’influence, et c’est le cas… Et c’est alors que l’exercice de la démocratie devient un jeu de hasard. Sortent des urnes des aventuriers, des contrebandiers, des repris de justice, des démagogues, des populistes… Nous ne pouvons pas leur laisser le pays.

De mauvaises pratiques ont été instaurées, plus grave, elles ne choquent plus, elles deviennent la norme, chacun y trouve son compte, sauf la démocratie. Comment s’en sortir avant qu’il ne soit trop tard ?

Car même si nous réussissons à former un gouvernement dans les 48 heures, les problèmes de fond demeureront.

Dans ce contexte, modifier la loi électorale puis refaire des élections est probablement la solution la plus sage, car mieux vaut perdre six mois que cinq ans

Laisser un commentaire

Comments (

0

)