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 Le Populisme sous Toutes ses Coutures

« Aucun peuple n’a jamais reconnu son dictateur à l’avance… celui-ci se présente toujours comme l’instrument de la volonté nationale constituée. » – D. Thompson

Dans un monde où les discours dits populistes se répandent tel un feu de prairie, touchant toutes les régions, toutes les cultures, et toutes les religions, notre planète fait face à une menace imminente. Le concept de populisme, selon l’Argentin Ernesto Laclau, repose sur l’idée d’un peuple se dressant contre une élite usurpatrice et promouvant une identité nationale face aux menaces extérieures. Cette pensée valorise les plus modestes contre les plus puissants, créant souvent un bouc émissaire (riches, étrangers, intellectuels, habitants des côtes) et prônant le protectionnisme au détriment de la mondialisation.

Le populisme dénigre la démocratie représentative, préférant une prétendue démocratie directe. Les élus sont alors diabolisés comme des corrompus, la justice est discréditée, et des systèmes parallèles sont instaurés pour lutter contre les fléaux comme la corruption, affaiblissant ainsi les institutions. Ces choix ne sont pas anodins ; ils ont des conséquences perverses visant à contourner les corps intermédiaires, à miner la confiance dans les institutions et à libérer les mains des populistes.

L’emploi fréquent du terme « populisme » n’est pas anodin. Il porte une charge morale significative. Il existe des populismes de gauche et de droite, au gouvernement et dans l’opposition, identitaires ou religieux. La méthode reste la même : des discours simplistes et des solutions qui semblent évidentes, bien que les orientations diffèrent. Pierre Rosanvallon voit dans le discours populiste une triple simplification : politique et sociologique, procédurale et institutionnelle, et du lien social.

Dans notre pays, le phénomène « dégagiste » qui ressurgit à chaque mécontentement depuis 2011 en est une illustration. Face à un problème réel, la solution est souvent simpliste : renvoyer les responsables, quitte à dissoudre un ministère entier. L’essentiel est de flatter les instincts primaires et de suivre le courant, au risque de sanctionner ceux qui s’écartent du chemin.

Pour les populistes, la représentation nationale, la justice, l’administration doivent être jetées à la poubelle. À mon humble avis, ce n’est pas ainsi que nous ferons réussir notre révolution.

Les dérives constatées sur la scène politique nationale et internationale ces dernières années reflètent un mécontentement populaire et des failles dans les systèmes démocratiques. Dans des sociétés se targuant d’avoir des démocraties avancées, la confiance commune a été rompue, la redistribution et le partage n’ont pas fonctionné comme prévu, ouvrant la voie aux populistes. Karl Marx décrit parfaitement ce mal, symptôme d’une détresse réelle et expression d’une illusion.

Chaque parti politique, à des degrés variables, s’est essayé à la tentation populiste. C’est une facilité qui peut rapporter gros, que ce soit pour dénoncer, promettre, ou gouverner. Tout le monde y va de son couplet.

L’histoire nous enseigne que cette façon de traiter les problèmes de nos sociétés est la pire solution. Elle évite de s’attaquer aux racines du mal et d’entreprendre un travail de réflexion sincère pour résoudre les difficultés inhérentes à la vie communautaire. Pire encore, cette approche conduit toujours à l’exclusion de l’autre, attise la haine, et peut déboucher sur des guerres, parfois civiles, conduisant à la dictature.

À l’inverse, la construction démocratique basée sur le renforcement permanent d’un régime de production d’une vie commune équitable et solidaire, comme le souligne Rosanvallon, a toujours été source de bien-être social. La réponse au discours populiste réside dans la reconstruction constante de l’égalité des chances, la redéfinition permanente du contrat social, des normes sociales, l’ouverture d’autres espaces de liberté, de communication, en privilégiant l’écoute. C’est une démarche vertueuse que nous devons entreprendre, reconstruire en permanence car l’égalité des chances s’érode toujours au fil du temps. C’est la meilleure réponse que nous pouvons apporter au discours populiste.

C’est le rêve que nous avons pour nos sociétés. À la veille d’une campagne électorale qui s’annonce mouvementée, espérons que la voix de ceux qui s’opposent à ces dérives populistes devienne enfin audible. Gardons l’espoir de les entendre un jour.

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