Janvier 97
Loin de constituer de nos jours une prouesse médicale ou une technique médicalisée, comme elle l’état dans les années 70, la greffe d’organe(s) s’impose aujourd’hui comme une thérapeutique incontournable pour beaucoup de malades d’aucuns relèvent aussi les incidences économiques favorables notamment pour la transplantation rénal. Cet argument, discutable, est tout de même à prendre en ligne de compte quand on observe l’encombrement actuel au niveau des places d’hémodialyse. En fait la transplantation d’organe(s) ou de tissus se justifie par elle même. Car elle sauve la vie mais surtout en améliore la qualité et réduit sensiblement l’handicape du malade. Lors de deux dernières décennies cette technique a été un formidable moteur pour la médecine dans toutes ses composantes.
Outre les avancées scientifiques, la greffe a positivement transformé les mœurs hospitalières aussi bien dans la prise en charge des urgences graves dans la coordination et la complémentarité entre les équipes.
Mais les problèmes soulevés sont multiples et touchent plusieurs composantes de la société. Le don d’organe(s) est le plus controversé. Il suscite partout un débat passionné où chacun y met ses convictions culturelles et éthiques. Mais, tout au long de l’histoire, les médecins ont été confrontés à ce type de problématiques chaque fois qu’ils ont essayé d’éluder une question, ils ont été l’objet d’une diabolisation on de rumeurs non fondées ; inversement par la transparence et le débat ils ont obtenu l’adhésion et le respect de leurs contemporains. Le don d’organe(s) est donc un de ces sujets qui touchent chacun d’entre nous dans sa relation avec les autres, avec la société, avec son corps et surtout avec la mort. Fort heureusement la religion et les lois dans notre pays sont claires, non seulement elles n’interdisent pas le don mais elles l’encouragent. La transparence, le respect de l’être humain, de son corps et de ses volontés sont clairement garanties par les lois tunisiennes (1-2). La gratuité et l’équité devant les soins le sont aussi et la création d’un centre national pour la promotion de transplantation d’organes ne pourra que renforcer cet aspect (3).
Fort de ces arguments, nous sommes en droit de nous interroger sur les raisons du retard pris dans ce domaine. Est ce un déficit d’explication ou autre chose ? Partout, et depuis de nombreuses années les greffes de cornée et de rein se pratiquent sans difficultés plus récemment la greffe cardiaque,
Mais le manque d’organes freine terriblement cette activité. Seuil un nombre infime de personnes encéphaliques est prélevé.
En fait, quelle est notre part de responsabilité ? Qu’avons nous fait pour organiser ces prélèvements ? Combien de morts encéphaliques ont été répertoriée en 1996 ? A-t-on accompli à chaque fois les démarches nécessaires en prévision d’un prélèvement d’organe(s) ? Est-il encore logique de se cacher derrière le refus présumé des familles ? Cet argument le plus souvent avancé par le corps médical est rendu caduque par les législateurs qui a opté pour le « consentement présumé ».
La réussite de transplantation d’organes passe par plusieurs impératifs.
L’approche la plus constructive est certainement celle qui offre une vision globale de la démarche : de l’identification systématique de tous les donneurs potentiels dans les unités de réanimation jusqu’à la greffe de(s) l’organe(s) prélevé(s), toutes les étapes de la procédure, doivent être claires, consensuelles et écrites. Le personnel soignant et administratif en charge du dossier doit bénéficier d’une formation spécifique dans ce sens, Le constat de la mort, les modalités d’accueil des familles, toutes les conditions de prélèvement, d’analyse biologiques et enfin la restitution tégumentaire doivent se dérouler dans une ambiance empreinte d’un professionnalisme rigoureux. Ceci constitue un préalable aux campagnes de sensibilisation du grand public au don d’organe (s).
A ce titre, l’expérience espagnole est à méditer, ce pays latin est actuellement le pays européen où l’on fait le plus grand nombre de prélèvement d’organe(s) et de tissus, cette activité était quasiment nulle il Ya quelques années.
Quel rôle pour le médecin anesthésiste-réanimateur ?. Il est de fait totalement impliqué dans cette activité. Par sa vision globale de la problématique de la transplantation, c’est un coordinateur et un modérateur entre les équipes. Il est une constante dans toutes les étapes qui mènent à la greffe d’organe : prise en charge et ramassage des blessés graves, réanimation des morts encéphaliques, contact avec la famille et l’administration, anesthésie et réanimation du greffé.
La greffe d’organes n’est pas plus un luxe mais une étape inscrite dans les missions de la médecine tunisienne. Pour développer cette activité dans nos hôpitaux, il est impératif de revoir l’organisation hospitalière et territoriale de l’anesthésie-réanimation. Celle-ci passe obligatoirement par le regroupement des compétences au sein de services hospitaliers d’anesthésie-réanimation.
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