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POUR UNE ACTION COMMUNE

Juin 97

Selon Ducon « la promotion de la qualité est un investissement dans notre avenir collectif, et nous devons tous adhérer à ses principes ». Pourtant le rôle du médecin dans la vie de l’institution de soins s’est longtemps cantonné à la pratique de la médecine et parfois à la recherche scientifique, approche tout à fait incomplète pour promouvoir la qualité des soins. Des coutumes et rotes se sont perpétuées dans nos hôpitaux. Les problèmes matériels, à l’époque bien plus importants  que ceux d’aujourd’hui, ne semblaient pas intervenir directement dans notre travail. 

Des scènes où le « patron » effaçait d’un geste de la main les problèmes exposés par l’assistance ou le résident sont encore présents  dans toutes les mémoires. 

C’était au surveillant du service de trouver les solutions avec l’administration. Faute d’avoir saisi les profondes mutations économiques, démographiques et culturelles à temps, le médecin  vit de nos jours la remise en question d’acquis et le corps médical a déjà perdu beaucoup de temps. 

Nous n’avons été formés que pour offrir les meilleurs soins aux malades, nous nous sommes souciés rarement de l’impact financier de nos prescriptions. Dans quelles mesures pouvons nous continuer aujourd’hui à prôner cette conduite ? Ne risquons-nous  pas d’être marginalisés ? Les économiques sont tels qu’il nous sera de plus en plus difficile d’ignorer que désormais nos prescriptions seront comptabilisées à l’échelle de l’individu ou de l’équipe. 

« Le cynique connaît le prix de tout et la valeur de rien » disait Oscar Wilde, or le cynisme et la médecine font rarement bon ménage. La bonne réponse à ce véritable dilemme ne peut provenir que des médecins.

 Sereinement, il faut accepter de remettre en question certains pratiques qui peuvent prêter à controverse. La prescription d’une pléthore d’examens complémentaires ou d’ordonnances à rallonges sontle plus souvent citées en exemple, mais il est d’autres bien plus choquantes.  Ainsi, il est pour le moins constater l’absence d’esprit d’équipe et d’approche pluridisciplinaire et complémentaire du malade dans quelques uns de nos hôpitaux  universitaires. 

Le dialogue entre les spécialités est réduit à un rapport de force administratif ou à des contacts purement protocolaire. C’est par définition contraire à l’esprit universitaire mais particulier au monde médical. 

A l’évidence ce comportement est à l’origine d’immense gâchis. Il en est du monde médical comme de toutes les communautés humaines, certaines parties d’entre elles sont plus sensibles que d’autres, et cela n’atténue en rien leur port de responsabilité. C’est probablement le cas de l’anesthésie-réanimation. Lagasse nous apprend que « le déterminant Majeur de la qualité en anesthésie est le système ».

Par un jeu de miroir, la qualité de l’anesthésie renvoie celle du système. Le terme qualité de l’anesthésie n’a pas par ailleurs la  même signification pour tous, pour le malade il est synonyme de sécurité, pour le chirurgien de ponctualité et de facilitation de l’intervention, pour l’administration un meilleur rendement et une bonne gestion des ressources sont la qu’alité pour le médecin anesthésiste-réanimateur la qualité est un tout indissociable. Mais comment l’atteindre ? il devient pour nous tous qu’en l’absence de services d’anesthésie-réanimation aucun des ces objectifs ne peut être atteint, un risque accru pour les malades, un surcout, une dispersion de moyens chèrement acquis et donc la non qualité est même à prévoir en cas de non regroupement des moyens humains et matériels, a titre d’exemples les besoins en lits de réanimation chirurgicale sont régulièrement exprimés. Une meilleure organisation devrait à très court terme résoudre ce problème.  La non-qualité coute cher, et en anesthésie-réanimation la notion de qualité dépasse largement les considérations financières.

« J’ai besoin d’un seul médecin anesthésiste ! » il n’est pas logique de tenir de tels propos. Est –ce que l’affectation (ce qui ne veut pas dire présence effective 24/24) d’un médecin anesthésiste rend l’accident d’anesthésie est plus tolérable ? Doit-on s’attendre à  une amélioration de la qualité ou à une réduction de la fréquence des accidents en optant pour les solutions de ce type ? n’est ce par-là, la meilleure façon d’alimenter les malentendus entre spécialistes et retarder des échéances inéluctables » enfin le bruit fait autour d’un accident d’anesthésie n’atteint-il pas la crédibilité de tous les médecins ?.

A l’évidence une réflexion commune, sous l’égides des instances ordinales, entre spécialistes mus par la même volonté s’impose et en urgence.

Toutes les études le démontrent, il faut médicaliser l’anesthésie, et tous les sacrifices consentis ces dernières années en moyens matériels ne diminuent pas un risque anesthésique, toujours inacceptable. A ce jour les trois quarts de nos centres hospitaliers universitaires sont dépourvus de service d’anesthésie-réanimation, ceux qui en sont pourvus fonctionnent avec, un effectif médical estimé à 30% des besoins réels et sans locaux identifiés. La création d’un service  d’anesthésie-réanimation dans chaque centre hospitalier universitaire est une mesure courageuse qui sert indéniablement à très court terme les intérêts de tous. 

La promotion de la qualité est la réponse appropriée aux profondes mutations que vit la médecine. Elle est l’affaire de tous, et est donc forcement complémentaire et pluridisciplinaire.          

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