Dans deux mois la Revue Tunisienne d’Anesthésie – Réanimation aura huit ans.
Durant ces années, notre publication a changé de nom, de forme ainsi que d’objectifs plusieurs reprises. Notre motivation, étant en l’occurrence la recherche de notre identité dans le monde des publications médicales. Il y a quelques années, lors d’un meeting de l’A.S.A, j’avais sollicité les conseils du rédacteur en chef d’Anesthesiology sur les meilleures voies à suivre pour hausser le niveau de notre publication. Il m’avait alors répondu, very friendly : Mais vous n’avez aucune raison d’exister !
- Vous êtes francophones ;
- Votre communauté est très restreinte (130 médecins anesthésistes à l’époque) ;
- Les travaux que vous allez publier ne peuvent en aucun cas être compétitifs!
De fait la Tunisie compte un peu plus d’une quarantaine de médecins anesthésistes-réanimateurs universitaires, sur un total de deux cent selon les recensements les plus optimistes. Soit l’équivalent de deux ou trois grands départements occidentaux, à cette différence prés qu’ils sont en charge d’une population de dix millions d’habitants ! Du reste, beaucoup d’entre eux d’ailleurs sont des pionniers dans leurs institutions, imaginer leur quotidien est aisé.
A supposer qu’il s’agisse d’êtres exceptionnels, combien d’articles peut écrire annuellement chacun d’entre eux ?
Par ailleurs, à la revue nous n’arrivons à équilibrer nos comptes, et continuer à paraître aussi régulièrement que grâce à la contribution de l’industrie pharmaceutique ; qu’elle en soit remerciée ici. En effet les cotisations et abonnements rentrent peu, bien que touts les confrères de la spécialité continuent à recevoir régulièrement la revue. Et si l’on devait n’adresser celle-ci qu’aux abonnés en règles, notre tirage ne dépasserait pas la cinquantaine de numéros ! Est-il concevable de n’imprimer une revue qu’à cinquante exemplaires ? Un tel effort intellectuel et scientifique mériterait-il d’être fourni ? Est-ce tout simplement viable ?
A première vue, on pourrait être amené à se demander : les réflexions du collègue américain seraient-elles donc pertinentes ?
Oui mais, il existe d’autres valeurs au-delà de l’approche élitiste et économique. Quel a été le nombre d’articles d’anesthésie – réanimation écrits en Tunisie et au Maghreb avant 1993, soit avant la parution de la revue ?
Alors que depuis notre existence nous dénombrons dans les 28 numéros que compte la revue 52 articles originaux dont 28 sont issus d’équipes tunisiennes, 37 mises au point dont 25 tunisiennes, et 15 cas cliniques. Soit, moins de 0.2 publication/an/médecin universitaire tunisien en anesthésie – réanimation. Dans ce contexte, notre taux d’acceptation des travaux ne qu’être élevé voir très élevé. Oui mais une dynamique existe désormais et c’est le plus important à ce stade de notre existence.
Certains confrères, hésitent à nous confier la publication de leurs travaux, préférant s’adresser à des revues plus connues que la nôtre. Nous comprenons leurs hésitations, sans approuver toutefois leurs choix. En fait, et à ce jour et sauf erreur de ma part, l’unique revue maghrébine indexée reste la Tunisie médicale. Néanmoins, La procédure d’indexation de la revue tunisienne d’anesthésie – réanimation est en cours mais elle nécessite comme première condition la régularité et la durée dans le temps ; c’est donc un investissement à long terme que nous vous demandons de faire.
D’autre part, attirées par cette nouvelle dynamique d’autres revues médicales tunisiennes ne manqueront pas de voir le jour, ce qui ne fera que brouiller les cartes et compliquer encore plus la donne.
Une éthique internationale en matière de publications médicales se met en place (1). Elle est nécessaire pour lutter contre le plagiat, la redondance des travaux ou encore pour clarifier les relations entre la recherche et les intérêts financiers. La responsabilité du comité de lecture de la Revue Tunisienne d’Anesthésie – Réanimation est de faire respecter ces normes, tout en essayant d’élever le niveau des travaux publiés.
Faire partager nos interrogations par la communauté, sans détour en toute sincérité est la seule démarche constructive dans cet imbroglio. Il s’agit de trouver ensemble, les bonnes réponses à des questions difficiles sur lesquelles nous avons peu d’emprise au bout du compte.
Autre problème, faut-il n’écrire qu’en anglais ? Certainement, mais…
Parmi les solutions évidentes, celle de l’ouverture de la publication vers le Maghreb dans un premier temps puis vers l’Afrique francophone a été retenue et appliquée. A ce titre l’anesthésie – réanimation marocaine s’est révélée être une formidable moteur et est entrain de battre tous les records de production maghrébine. Nous espérons voir l’Algérie et l’Afrique noire francophone suivre cet exemple.
Notre spécialité, l’anesthésiologie, est riche, elle englobe la réanimation, l’anesthésie, la médecine d’urgence, et le traitement de la douleur autant de matières en pleine expansion dans le monde et à fortiori dans nos pays où beaucoup reste à faire.
Cette diversité nous offre l’opportunité d’écrire des mises au point, des recommandations ou des réflexions, ce qui est moins prenant que les études cliniques, au moins en termes de logistique.
Soyons clairs, dans ce numéro (2) figurent les adresses Internet des revues d’anesthésie – réanimation les plus prestigieuses dans le monde. Elles sont nombreuses, en majorité anglophones, de puissants éditeurs sont derrières les plus connues avec d’importants moyens. Ce n’est donc pas sur ce terrain qu’il faut se positionner.
Les prétentions de notre revue sont à la fois grandes et limitées. Limitées volontairement en raison de la démographie, des structures et des priorités que nous nous sommes fixées actuellement.
Nos ambitions sont immenses parce que nous avons un Eldorado. Tout est à faire, instaurer des traditions de recherche, de rédaction médicale, de formation continue ; repenser en termes de santé publique toutes les normes édictées en occident pour les adapter à nos pathologies et à nos moyens ; instaurer une éthique de publication ; enfin faire partager notre vécue à l’ensemble de la communauté médicale.
Qu’elle est à l’heure actuelle la meilleure façon de faire entendre notre voix ? Une solide publication francophone africaine ne constitue-t-elle pas une étape incontournable ? Ce choix ne peut être que celui d’une communauté et non d’un petit groupe aussi valable soit-il.
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