« Le droit à la santé pour chaque être humain », consacré par l’article 38 de la constitution tunisienne de 2014, réclame une couverture sanitaire universelle (CSU) effective. Quel est l’état actuel de cette quête ? Quels parcours restent à explorer ? Quelles réformes s’avèrent nécessaires pour garantir progressivement l’accès à des services de santé de qualité à un plus grand nombre de citoyens, tout en favorisant la réduction des dépenses directes ?
Les stratégies à adopter doivent s’appuyer sur des données financières fiables, validées, et comparables à l’échelle internationale. En 2014, un travail synthétique et analytique, conforme aux normes de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), coordonné par le pôle de l’économie de la santé du ministère de la Santé, a jeté les bases d’une orientation. Malgré la disparité des sources d’information, la consolidation et la modernisation des ressources informatiques, notamment dans le cadre d’une stratégie nationale d’e-Santé, demeurent une urgence. L’institutionnalisation du processus de production d’informations financières au sein d’un Pôle d’Économie de la Santé doit être envisagée.
En 2013, les dépenses totales de santé en Tunisie ont atteint plus de 5000 millions de dinars, soit 7,1% du Produit Intérieur Brut (PIB), dépassant ainsi la moyenne des pays à revenus similaires. Toutefois, ce chiffre masque une anomalie majeure : plus de 37% des dépenses totales de santé sont directement supportées par les ménages. Le défi consiste à accroître la couverture des services de santé tout en réduisant les paiements directs, une nécessité pour édifier une CSU véritable.
L’assurance maladie ne couvre actuellement que 35% des dépenses totales. Si les progrès depuis 2007 sont indéniables, une révision approfondie de la contribution de la CNAM est cruciale. Les fonds publics, englobant la contribution de l’État et de la CNAM, s’élèvent à 4,4% du PIB, en deçà de la moyenne des pays comparables. Élargir la couverture de l’assurance maladie nécessite un consensus sur le panier de soins et le taux de couverture.
Le secteur de la santé en Tunisie, unique mais marqué par des disparités régionales et sectorielles, doit rééquilibrer son fonctionnement public-privé. Actuellement, le secteur privé génère une part disproportionnée des dépenses totales de santé tout en traitant moins de citoyens. Repenser les rôles de l’État et de l’assurance maladie pour rétablir l’équité est une priorité.
Le déséquilibre entre les dépenses consacrées au curatif et à la prévention doit être corrigé. La prévention, parent pauvre du système, ne représente que 5% des dépenses totales, alors que les pays riches allouent jusqu’à 30 à 40% à cette dimension. Une politique de prévention, soutenue par des investissements significatifs, s’impose comme une urgence politique majeure.
Les dépenses consacrées aux produits de santé à usage humain, principalement pharmaceutiques, nécessitent une révision de la politique actuelle. La création d’une agence nationale indépendante, intégrant des processus modernes d’évaluation des technologies de la santé, s’avère cruciale. Les dépenses liées au développement professionnel et à la recherche en santé, invisibles actuellement, requièrent une traçabilité pour garantir transparence et orientation vers les besoins réels de la population.
En conclusion, la poursuite vers une CSU effective en Tunisie exige des réformes profondes, une volonté politique affirmée, et un engagement à corriger les dysfonctionnements persistants du système de santé
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