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Tunisie : Les labyrinthes du pouvoir et l’érosion de la confiance

Que reste-t-il lorsque le pouvoir devient la mesure de toute chose, et que la vérité se plie aux caprices de l’autorité ? La Tunisie semble aujourd’hui traverser un de ces interstices de l’histoire où la réalité et le mythe se confondent, où les scandales et complots s’empilent comme les pierres d’un pont instable au-dessus d’un fleuve invisible.

Des enveloppes empoisonnées aux tunnels creusés, des fortunes colossales accumulées dans l’ombre aux lignes de crédit détournées, chaque événement résonne comme un écho du vide moral laissé par l’impunité. Les institutions, jadis garantes d’une justice et d’une liberté collectives, semblent désormais réduites à des spectres. Le citoyen, lui, se perd dans un labyrinthe où le visible n’est qu’une façade et le réel constamment contredit.

Le pouvoir absolu, exercé par un seul maître, transforme la politique en théâtre d’ombres. Chaque accusation, chaque rumeur, chaque complot présumé devient instrument de contrôle, de peur et de polarisation. La ligne entre vérité et fiction s’efface, et la société entière vacille sous le poids des incertitudes. Comment penser la justice lorsque celui qui décide du bien et du mal peut, en un souffle, ruiner la réputation ou blanchir l’innocence ?

Et pourtant, derrière ces scandales — qu’ils soient avérés ou fantasmés — se dessine une question plus profonde : qu’est-ce que la légitimité si elle n’est pas partagée et reconnue ? Qu’est-ce que le pouvoir si son exercice se fait au détriment des citoyens, de leur sécurité, de leur dignité ? L’éthique, la transparence, la vérité deviennent des luxes, des illusions nécessaires mais inaccessibles.

Cette fragilité n’est pas seulement politique, elle est existentielle. Elle interroge la nature humaine et la relation entre le maître et le peuple, entre la loi et l’autorité, entre la mémoire et l’oubli. Chaque scandale, chaque accusation infondée, chaque complot non élucidé, révèle une vérité universelle : l’abus du pouvoir corrompt l’âme du collectif et dissout le tissu social.

Face à cette dérive, le temps devient un juge silencieux. Il impose le constat que la stabilité et la justice ne se décrètent pas par décret, mais se cultivent par institutions solides, par principes partagés et par responsabilité morale. La Tunisie, comme tout peuple, n’échappera pas à cette loi : les blessures infligées par l’impunité, par l’arbitraire et par la peur finiront par rejaillir, exigeant réparation et reconstruction.

Le chemin vers la lumière est long. Il commence par la reconnaissance de la vérité, la protection de l’innocent, le respect des institutions et la conscience que le pouvoir n’est jamais légitime lorsqu’il se croit au-dessus de l’histoire, de la morale et du peuple qu’il est censé servir. Dans ce labyrinthe d’ombre, il ne reste qu’une question : la Tunisie saura-t-elle un jour réapprendre à marcher dans la clarté ?

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