Nul besoin d’être un grand analyste politique pour anticiper la tragédie qui se joue sous nos yeux actuellement. Sur ces colonnes, depuis des mois, de nombreux avertissements ont sonné l’alarme. « La campagne présidentielle sera sale, les coups bas pleuvront, les attaques ad hominem prendront le dessus sur les programmes, le financement de la campagne sera occulte », et pourtant, on n’avait pas tout prévu, comme les parrainages falsifiés, par exemple.
À ce jour, comme beaucoup de mes concitoyens, je peine à trouver ne serait-ce qu’une idée avant-gardiste, un projet chiffré courageux de l’un des multiples candidats. Rien que des hommes ou presque, 98 puis 36, des ministres du même gouvernement, le chef du gouvernement lui-même, bref, je n’arrive plus à suivre. C’est déjà un signe en soi. La couleur d’une cravate, la coiffure, une hésitation ou un lapsus d’un candidat suscitent plus de commentaires que l’incohérence d’un raisonnement ou le bilan d’un quinquennat. Un bémol tout de même, certaines émissions animées par des journalistes professionnels essaient de secouer les candidats, chiffres à l’appui. Mais quand on secoue un arbre sans fruits, on ne doit pas s’attendre à obtenir autre chose que quelques feuilles.
L’arrestation du favori des sondages, qu’ils soient faux ou non, les annonces politico-publicitaires du gouvernement, hier encore, on nous annonçait 90 nouveaux projets pour Gabès, la semaine dernière, c’était le tour de Sidi Bouzid avec 120 nouveaux projets, le week-end, c’était la fermeture de la SIAPE à Sfax en 24 heures avec en prime le limogeage, le samedi soir s’il vous plaît, du gouverneur et j’en passe. Cette fébrilité, ces coups de menton et ces cadeaux qui n’engagent que ceux qui y croient ne doivent pas nous faire oublier l’essentiel. Ce quinquennat a été catastrophique sur tous les plans. Alors pourquoi s’étonner ? Ce que nous vivons actuellement n’est pas le fait du hasard, la peur du futur est angoissante à juste titre.
Au lendemain des élections de 2014, l’esprit de la constitution a été bafoué, et cela a été crescendo. Le pouvoir en place a interprété les articles à sa convenance. La semaine dernière, tiens, et si on recourait à l’article 92 jusqu’au 13 septembre, fausse interprétation de la constitution mais pas mal essayé comme astuce, et en l’absence de régulateur, cela marche à tous les coups ! La cour constitutionnelle comme d’autres instances vitales au bon fonctionnement de la démocratie n’ont pas été mises en place SCiemment, alors on manipule comme on veut les textes. Ce qui devait être la priorité de ceux qui soulèvent l’étendard du patriotisme pour un oui pour un non, et bien non, en cinq ans, ils ne sont arrivés à s’entendre sur la composition de la cour constitutionnelle, en revanche, un amendement bien commode de la loi électorale à quelques jours du début de la campagne a été plus fédérateur. Il me semblait qu’il y avait un ministre bardé de diplômes qui était en charge des relations avec le parlement ? N’était-ce pas son rôle de suivre les projets de loi.
Pour qui vais-je voter ? Cette question lancinante revient systématiquement à la fin de chaque conversation ! Tenant compte de ce qui a été dit plus haut, elle est parfaitement légitime. Je crois que je vais m’abstenir me disent mes amis ! C’est la pire des solutions pour l’avenir du pays.
L’édification d’une démocratie est un long chemin semé d’embûches. C’est une construction jamais achevée. Peu importe les échecs, souvenons-nous des moments lumineux d’un dimanche automnal en 2011 et de notre fierté d’avoir cette encre bleue au bout de notre index. Nous ne sommes qu’au début du chemin. Dans la vie des nations, dix ans ou vingt ans ne sont rien. Notre démocratie ne se fera pas en un jour et surtout sans une participation massive de toutes les franges de notre nation.
La vie politique dans un pays doit être sacrée, elle se conçoit, se finance, se structure, elle a ses outils et elle définit ses règles de fonctionnement. C’est en premier lieu la responsabilité de ceux qui sont au pouvoir de la préserver et de la faire grandir. Pour ce faire, ils doivent savoir dépasser les petits calculs politiciens pour regarder plus loin. Cela n’a pas été le cas ces trois dernières années j’en conviens, c’est même le contraire qui a eu lieu. Les taux d’abstention aux élections municipales sont la conséquence de cette politique, ils reflètent le dégoût des citoyens de la classe politique actuelle et c’est très grave. L’histoire jugera ceux qui par leur soif de pouvoir et leur incompétence nous ont mis sur une pente glissante. En un mot, il y a eu une grave erreur de casting. Mais la Tunisie est un grand pays, elle saura comme elle l’a fait à chaque fois retomber sur ses pieds et se redresser sans trop de dégâts.
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