, , ,

Les Défis de la Tolérance en Tunisie : Un Cri contre l’Intolérance Rampante

La récente affaire impliquant la jeune Emna Chargui, poursuivie en justice pour avoir partagé un texte humoristique, bien que médiocre, choque à plusieurs égards. Certains affirment même, pour clore le débat, qu’elle serait athée !

De manière similaire, lors d’une réunion internationale de bioéthique, cautionnée par une agence onusienne, la discussion d’un texte sur la procréation artificielle a suscité la colère de représentants de certains pays de notre région. Accusation suprême : le projet de texte serait pro-féministe et défendrait les droits des homosexuels. La violence de l’intervention qui a suivi a sidéré l’audience, personne n’osant réagir, moi y compris.

Propos xénophobes, sexistes, homophobes, régionalistes, antisémites, et accusations d’apostasie pullulent dans nos médias et même à l’ARP, évoquant une atmosphère rappelant les années 30 en Europe. Des dirigeants de grands pays crient haut et fort : « Il ne peut y avoir d’homosexuels ou d’athées chez nous ! »

Officiellement, nous sommes une société bien policée, prétendant qu’aucun débordement ne survient. Certains sujets sont tabous, réservés aux « milices des bonnes mœurs et de la foi », qui, sous prétexte de défendre nos racines culturelles, s’en prennent à tous ceux qui s’écartent du « droit chemin ».

Ils n’ont pas de limites ; certains vont même jusqu’à traiter les Tunisiens binationaux de « bâtards ». Les thèmes classiques du néofascisme ressurgissent sous le prétexte de la défense de notre culture ou de notre religion. Minorités, intellectuels, fortunes, femmes, tous sont ciblés, mais les mécanismes d’exclusion demeurent les mêmes.

Écrire en chinois, en russe ou en français remet-il en question notre attachement à nos racines ? Qui a fixé la norme : Ibn Taymya au 13ème siècle ou Mohamed Ben Abdelawaheb au 18ème siècle ?

Il est presque indécent de le réaffirmer, mais chacun a le droit de croire ou de ne pas croire et de l’exprimer librement. Chacun a le droit de vivre sa sexualité comme il l’entend, du moment qu’il s’agit d’adultes consentants qui ne nuisent à personne.

Les protecteurs « autoproclamés » d’un modèle de société n’ont pas le droit de s’immiscer dans ces sphères strictement personnelles, tant qu’elles n’empiètent pas sur la liberté des autres.

À l’échelle mondiale, que représentent le nombre de livres écrits en arabe ou traduits à l’arabe chaque année ? Rien ou presque. Ils organisent des autodafés tout en se plaignant de l’affaiblissement de notre culture. La haine les aveugle au point de ne pas réaliser que ce sont eux et leurs semblables qui sont la principale cause de la décadence dans laquelle patauge notre vie culturelle.

La meilleure façon de laisser s’épanouir une culture n’est-elle pas de la laisser ouverte aux autres cultures, de permettre à la jeunesse de s’exprimer librement, même dans ses excès, de laisser à chacun la liberté de ses convictions et de maîtriser d’autres langues ? Stimuler la créativité et soutenir financièrement toutes les initiatives culturelles devraient être des priorités, mais le problème est là : ils craignent la liberté.

Être un bon citoyen, être fier de ses origines, respecter son prochain ne peut jamais se construire sur la contrainte ou la répression. Pour reprendre une idée chère à Proudhon, le plus important est de socialiser les libertés individuelles pour leur permettre de s’épanouir sainement. Toutes les formes de répression des esprits, aussi minimes soient-elles, ne font qu’assouvir un sentiment primaire : exclure les personnes différentes.

Essayer de rendre invisible la différence est une perte de chance pour toute la communauté. Les différences existent et elles continueront à exister, car elles sont une richesse. Les vraies menaces pour notre culture, pour l’islam et la langue arabe sont l’immobilisme, l’ignorance, l’obscurantisme, le repli sur soi, la haine de l’autre, celui qui est différent. Bref, tous ces travers contraires aux valeurs humanistes qui ont fait la grandeur de la civilisation arabo-musulmane.

Le respect des droits des minorités est l’un des piliers de notre démocratie, garanti par la constitution tunisienne et les lois tunisiennes. Actuellement, il est bafoué quotidiennement, et nous devons nous mobiliser pour l’imposer

Laisser un commentaire

Comments (

0

)