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Les Tourments de la Tunisie Actuelle

Lors d’une réunion internationale, un Chef d’État, universellement respecté, a invité un de mes amis, entouré de personnalités internationales éminentes, pour débattre de questions économiques. Mon ami, le seul Tunisien du groupe, a été surpris quand, à la fin, le Chef d’État a souhaité le rencontrer en tête-à-tête. Sans lien avec lui, l’entretien s’est concentré sur la situation en Tunisie, laissant mon ami sans réponse.

Malgré la conviction des Tunisiens en leur exceptionnalité, ce qui se déroule depuis le 25 juillet 2021 n’est pas unique. Les régimes autoritaires ont souvent suivi des révolutions, portés par une ferveur populaire, aussi irrationnelle qu’angoissante.

Parfois, la fiction dépasse la réalité. Cependant, ce qui se passe en Tunisie n’est pas inédit ; l’Histoire regorge d’exemples de sociétés démocratiques basculant, en un éclair de folie, dans le chaos.

La guerre est déclarée, disent-ils. Contre qui ? Les promesses non tenues et les annonces sans fondement déstabilisent une opinion publique en colère mais acquise aux délires actuels. Toutes les dérives sont justifiées au nom d’ennemis non identifiés, créant une angoisse pouvant mener à des réactions dangereuses.

En Tunisie, la situation semble inextricable. Entre l’interprétation tendancieuse d’un référendum, les décisions unilatérales, la dissolution des institutions, la gestion par décrets, la limitation de la liberté de la presse, les arrestations arbitraires, les projets pharaoniques annoncés sans étude ni financement, la population applaudit largement.

C’était prévisible. Le « peuple » adore les slogans et les démonstrations de force. Cependant, la réalité « peuple » finira par imposer sa dure vérité.

Les queues devant les boulangeries, les pénuries, les dysfonctionnements, tout est attribué à des saboteurs. L’inflation, le chômage, la faillite des entreprises deviennent la faute des « autres » qui complotent contre la révolution.

En 2011, la Tunisie offrait au monde le visage d’une révolution pacifique, suivie d’une décennie démocratique. Mais la contre-révolution s’est emparée du pouvoir. Les slogans de la révolution sont récupérés, teintés de nationalisme arabe et d’un puritanisme islamiste. Un discours haineux, populiste, violent émerge, séduisant une société déçue par la politique.

Les élites, les intellectuels, les entrepreneurs, malgré leurs inquiétudes, restent en poste pour limiter les dégâts. Actuellement, le pays refuse de voir la réalité en face, se dirigeant vers un révisionnisme anti-intellectuel, réactionnaire, menant à un lavage de cerveaux comparable à la Révolution Culturelle chinoise.

Les purges et arrestations s’accélèrent, sous le prétexte de défendre les intérêts nationaux. La pensée unique prend le dessus. L’économie vacille, les entrepreneurs perdent confiance, et l’Europe, préoccupée par l’immigration, observe la mort de la seule démocratie arabe avec une quasi-indifférence.

À une heure de Rome ou de Marseille, des peuples entiers souffrent sous des pouvoirs archaïques. La Méditerranée, plus qu’une barrière géographique, devient une frontière mentale entre le nord et le sud, alimentant les peurs des deux côtés.

La Tunisie, autrefois modèle de révolution pacifique, sombre dans un discours politique délirant. La démocratie, loin d’être l’apanage du nord, doit être le droit de tous les humains à une vie digne. Pour l’instant, la Tunisie ne suit pas cette voie, sous le regard indulgent d’une extrême droite européenne. Plus dur sera le réveil.

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