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Réussites en Médecine : Un Héritage Construit sur la Durée

Dans toutes les disciplines, les réussites ne surgissent pas de manière soudaine, mais émergent plutôt d’un dévouement à long terme de femmes et d’hommes envers un objectif commun. Les greffes d’organes, souvent glorifiées comme des exploits instantanés orchestrés par d’éminents professeurs, résultent en réalité d’un effort collectif s’étalant sur plusieurs années, débutant fréquemment par la formation. Cette analogie avec le monde sportif, où les médailles olympiques reflètent non seulement le talent individuel, mais également un environnement collaboratif, l’abnégation, les souffrances et les échecs, trouve un écho étonnamment similaire en médecine. Le succès émane de petits pas accomplis par une équipe, dont une partie demeurera toujours anonyme.

Premier triomphe : l’individu n’est pas l’acteur principal en médecine. Les noms évoqués, espérons-le, résonnent encore chez les plus jeunes générations et sont des pionniers de la médecine tunisienne, tels qu’Amor Chadly, Ali Boujnah, Taoufik Nacef, Mhamed Boussen, Zouheir Essafi, Hammadi Farhat, Abdelhafidh Sellami, Brahim Gharbi, Said Mestiri, Mohamed Kassab, Sleim Ammar, Mohamed Fourati, Saadedine Zmerli, Mohamed Ben Ismail, Mohamed Hleim, Mongi Ben Hamida, Abdelkrim Bettaieb, Abdelaziz Ghachem, Mohamed Chelly, Nejib Mourali, Hédi Errais, Zouheir Kallel, Bechir Hamza, Hassen Gharbi, Hassouna Ben Ayed, et que les disciples non mentionnés pardonnent cette omission. Ces figures ont été des leaders dans leur domaine.

L’année universitaire 1964-1965 a marqué l’ouverture de la faculté de médecine de Tunis, un défi colossal pour une nation nouvellement indépendante. Cinquante-neuf bacheliers ont entamé leurs études, et le succès de ce pari a dépassé toutes les attentes. Sous la direction du premier doyen, le professeur Amor Chadly, dont la rigueur a laissé une empreinte indélébile, des jeunes spécialistes formés en France ont jeté les bases d’un fleuron de l’enseignement supérieur et de la recherche en Tunisie. Les petites sœurs, établies à Sousse, Monastir et Sfax, sont aujourd’hui aussi réputées que leur aînée, la faculté de médecine de Tunis (FMT).

Nos maîtres cités ci-dessus ont tous, dans leur domaine respectif, laissé une empreinte durable. Ils ont formé des praticiens, ouvert des services et des centres hospitalo-universitaires, contribuant ainsi à l’évolution du système de santé tunisien. Leur engagement personnel et leur connaissance approfondie des patients et du personnel médical ont hissé la médecine tunisienne à des niveaux remarquables.

Deuxième triomphe : Les programmes de santé publique en Tunisie, pourtant cruciaux, sont souvent négligés. La mise en œuvre de ces programmes, couvrant des centaines de communes et de villages, constitue un travail colossal visant à répondre aux besoins des citoyens et à la réalité du terrain. Les efforts pour éradiquer des maladies telles que le paludisme et le trachome, contrôler l’hypertension et le diabète, appliquer le calendrier vaccinal et sensibiliser à la santé reproductive ont été menés par des hommes et des femmes extraordinaires. Leur engagement, souvent méconnu et parfois déconsidéré, a contribué à des réussites notables telles que la réduction de la mortalité infantile et l’amélioration de l’espérance de vie.

Cependant, malgré ces succès, des erreurs stratégiques menacent le système de santé tunisien. La disparité régionale dans l’accès aux soins, l’hospitalocentrisme et le financement insuffisant de la santé ont créé des inégalités profondes. Ces erreurs, si non corrigées, risquent de compromettre l’avenir du système de santé. La nécessité d’une réforme est urgente.

La disparité régionale, injuste et criante dans les indicateurs de santé, doit être abordée. La marchandisation des services publics depuis les années 90 a créé un système de santé à plusieurs vitesses, avec un accès inéquitable pour les plus démunis. L’hospitalocentrisme, focalisé sur les soins curatifs, a négligé les programmes de prévention qui ne reçoivent que 4% du budget de la santé. Enfin, le financement de la santé, actuellement à 7.29% du PIB, est bien en deçà de l’engagement pris à Abuja de consacrer 15% du PIB à la santé.

Une refonte complète s’impose. Un dialogue sociétal, précédemment entravé par des changements fréquents de ministres de la santé, a dégagé des orientations et des solutions réalistes. Il est temps que les promesses vagues cèdent la place à des décisions courageuses. L’avenir du système de santé tunisien dépend de la volonté politique de corriger ces erreurs et de mettre en œuvre des réformes audacieuses.

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