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« UN RÉFÉRENDUM ? POURQUOI FAIRE ?

Une frénésie politique s’est récemment emparée de la scène tunisienne. Des rumeurs persistantes évoquent la possibilité d’un référendum national sur un texte encore inexistant dans les jours à venir. Pour être précis, depuis deux semaines, un professeur en droit constitutionnel à la retraite, octogénaire vénérable, a été mandaté pour coordonner les travaux de deux commissions et concevoir l’avenir de la Tunisie pour les 50 prochaines années. Une constitution, meilleure que toute autre dans le monde, serait rédigée en une semaine, une prouesse potentiellement inscrite dans le Guinness World Records. La rumeur affirme que le texte proposé sera succinct, ne dépassant pas dix pages. Des spéculations circulent sur son contenu, notamment sur la question de la religion d’État. Pour un profane comme moi, il est difficile de saisir les subtilités du message, mais cela suscite de nombreux débats. Pour mille et une raisons, on se perd en conjectures.

Le contenu, les modalités d’organisation, le débat… tout demeure inconnu. Même en faisant abstraction des incohérences de la consultation électronique menée de janvier à mars 2022, avec ses questions tendancieuses et orientées, des doutes sur le nombre réel de participants (4 ou 4,5 % de la population), et l’absence de publication officielle des résultats, on nous dit que la nouvelle constitution sera rédigée sur la base d’un résultat partiel et biaisé. Tout cela pour déterminer le type de régime présidentiel que le « peuple », implicitement moi, souhaite. Une agitation pour si peu !

Quant à l’organisation du référendum qualifié d’historique, la confusion règne. La composition de l’Instance Supérieure Indépendante pour les Élections (ISIE) a été modifiée juste avant le référendum, suscitant des interrogations. Les modalités d’inscription par téléphone sont atypiques, avec un déluge de SMS quotidiens appelant à s’inscrire. Les urnes seront-elles transportées et ouvertes en pleine nuit lors du jour du vote, le 25 juillet ? Des centaines de questions restent sans réponse.

Les questions majeures persistent. Sur quels critères le référendum sera-t-il considéré comme valide ? Quel taux de participation minimal est requis ? À partir de quelle proportion de oui ou de non le résultat sera-t-il significatif ? Autant de questions sans réponses claires.

Aucune organisation nationale, parti politique ou personnalité politique n’a souhaité l’organisation de ce référendum en cette période troublée. Les arguments avancés pour justifier sa tenue paraissent grotesques. Historique, ce référendum l’est par l’ampleur des écarts à la norme. La suite est déjà connue de tous. En cas de défaite du oui, quel plan B est prévu ? Peu importe le taux de participation ou le pourcentage de oui, semble-t-il décidé, acté, la suite est déjà déterminée. Un plébiscite déguisé, où le « peuple » souverain s’incarne en un seul souverain. Comme l’a dit Antoine de Saint-Exupéry : « Il est des victoires qui exaltent, d’autres qui abâtardissent. Des défaites qui assassinent, d’autres qui réveillent. »

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