Le récit poignant d’un ancien ministre tunisien, un technocrate par nature, expose les méandres d’une décennie de service public tourmentée. Son témoignage, partagé par devoir, révèle une expérience empreinte d’hostilité et de manipulation orchestrée par des syndicats sectoriels avides de prébendes.
D’emblée, l’ancien ministre souligne la trompeuse simplification du terme « décennie noire », une étiquette qui, selon lui, absout les véritables responsables des échecs politiques et sociaux. Sa conviction est que la dernière décennie n’a pas été plus sombre que les deux années précédentes, mais la population tunisienne, selon lui, refuse de s’assumer dans cette réalité.
Son calvaire débute dès sa prise de fonction, lorsqu’une délégation syndicale, dénuée de rendez-vous, s’invite dans son bureau pour une soi-disant visite de courtoisie. Rapidement, la politesse laisse place à des salamaleks glaciaux et des sous-entendus menaçants. Cette première rencontre marque le début d’une série de manœuvres machiavéliques orchestrées par le syndicat.
Les réunions avec les syndicats deviennent une épreuve quotidienne, où chaque concession faite ou rencontre accordée ne fait qu’alimenter des revendications sans fin. L’ancien ministre se retrouve piégé dans un scénario bien rôdé où les syndicats manipulent des procès-verbaux anciens pour imposer de nouvelles exigences. Les jours de grève deviennent des moments de propagande orchestrée pour entretenir la pression.
La pression syndicale atteint son paroxysme lors d’un sit-in devant son bureau, orchestré avec matelas, cigarettes et vidéos virales sur les réseaux sociaux. Les demandes de faveurs personnelles, les tentatives d’influencer les promotions et mutations deviennent monnaie courante. La rébellion contre des pratiques douteuses devient son talon d’Achille, exposant sa vulnérabilité.
Les méthodes syndicales, héritées de l’ancien régime, persistent malgré la révolution. L’ancien ministre refuse de se plier à des pratiques qu’il pensait révolues depuis la chute du régime précédent. Cependant, son refus déclenche une réaction en chaîne, avec des sit-ins, des grèves et des attaques verbales orchestrées pour affaiblir sa position.
Au-delà du récit personnel, l’ancien ministre soulève des questions cruciales sur les méthodes syndicales en Tunisie. La défense des services publics, la protection des travailleurs et la lutte contre l’oppression se trouvent détournées au profit de revendications corporatistes. La marchandisation rampante de la santé, des transports et de l’enseignement soulève des préoccupations quant à l’efficacité des méthodes syndicales traditionnelles.
Ce témoignage, bien qu’inévitablement teinté par l’expérience personnelle, suscite des réflexions sur les défis actuels du mouvement syndical en Tunisie, appelant à une réévaluation de ses méthodes pour mieux servir l’intérêt public et préserver les acquis de la révolution.
Laisser un commentaire