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La Crise des Vocations Universitaires : Un Regard Personnel

Dans une ère révolue, le prestige ultime pour les résidents sérieux résidait dans la perspective d’une carrière universitaire. Cette réalité semble aujourd’hui ébranlée, comme l’a révélé une réunion récente où seuls 10% des résidents en anesthésie réanimation envisagent de concourir pour l’assistanat. Une inquiétude palpable entoure l’attrait de la carrière hospitalo-universitaire, où les choix des jeunes médecins ne semblent plus être dictés par la compétence, la curiosité scientifique, ni même l’appât du gain.

Bien que la spécialité attire de plus en plus de jeunes talents, le problème semble être d’ordre hospitalier. Les investissements massifs dans l’équipement médical ont transformé les services hospitaliers, mais le défi se trouve ailleurs. La réflexion sur les choix entre une carrière universitaire et une carrière libérale ne s’appuie plus sur les critères traditionnels, ce qui souligne un besoin pressant de réévaluation.

Les chiffres ne mentent pas. Les incertitudes liées aux concours, les modalités de recrutement des jeunes universitaires, la formation pendant le résidanat et l’assistanat, le nombre de spécialités, la démographie médicale, les conditions de travail des enseignants dans les hôpitaux – tous ces aspects nécessitent une analyse approfondie et une planification rigoureuse.

La question salariale, souvent pointée du doigt, n’est pas la panacée. Une revalorisation des salaires semble peu probable, mais un réajustement des modalités d’exercice de l’activité privée pourrait être une piste pour endiguer le départ massif vers le secteur privé.

La réforme de 1991, axée sur la gestion des hôpitaux universitaires, a négligé leur dimension universitaire. La réforme actuelle devrait certainement remédier à ces lacunes. La clé, sous-exploitée jusqu’ici, réside dans la bi-appartenance des médecins universitaires à la santé publique, à l’enseignement, et à la recherche scientifique.

Les hôpitaux universitaires, en tant que prolongement naturel des facultés de médecine, devraient être repensés comme des institutions universitaires à part entière. Les collèges de spécialité, sous l’égide conjointe des ministères de l’enseignement et de la recherche scientifique, ainsi que de la santé, pourraient initier des réformes substantielles en explorant des dossiers jusque-là négligés.

Les efforts actuels pour connecter les universités au monde du travail, bien que louables, sont confrontés à des défis significatifs. Comparer la rentabilité économique des facultés de droit ou de sciences économiques à celle des hôpitaux est un exercice biaisé. Les coûts des soins dans un hôpital universitaire ne tiennent pas suffisamment compte du temps consacré à la formation des étudiants.

L’infrastructure des services universitaires d’anesthésie réanimation est également en question. Les blocs opératoires sont dispersés dans des hôpitaux pavillonnaires, les réanimations sont souvent logées dans des postopératoires de services de chirurgie, créant un cloisonnement néfaste à la collaboration et à l’efficacité.

La lecture attentive de ces constats pourrait laisser penser que la solution réside uniquement entre les mains des médecins universitaires. Certes, ils ont un rôle crucial à jouer, mais la nécessité d’une révolution dans les pratiques et d’une réforme structurelle impose une action collective. Les inquiétudes actuelles, loin d’être conjoncturelles, reflètent un problème de fond qui nécessite une attention urgente pour garantir la qualité de la médecine et la maîtrise des dépenses de santé.

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