Tunis, le 24 mai 2011
La Tunisie est en crise, il faut être lucide pour le constater. Les multiples problèmes auxquels elle fait face sont le résultat d’une accumulation de mauvaises décisions, d’erreurs de gestion, voire de malversations s’étendant sur trois décennies, voire plus. Les vestiges de l’ancien régime persistent dans l’appareil d’État, avec des fonctionnaires incompétents occupant des postes grâce à leur affiliation au parti précédent. Les partenaires sociaux, tout comme les anciens du RCD, ont baigné dans le clientélisme et le népotisme.
Depuis le 15 janvier 2011, la Tunisie est le théâtre de revendications et d’attaques personnelles incessantes, alimentées par des meneurs de tous bords. Ces agitateurs, anciens suppôts d’un régime corrompu, excellent dans l’art de la délation et de l’intrigue. Ils évitent sciemment toute approche structurée, redoutant que cela ne les démasque.
La corruption, fléau qui ronge notre société, ne se limite pas aux RCDistes. Elle a infiltré tous les secteurs : justice, avocats, santé, journalisme, sport, enseignement, forces de l’ordre, fonction publique, entrepreneurs, commerçants, syndicalistes. Les formes de corruption, morale, financière, éthique, et professionnelle, sont omniprésentes. Combien de temps encore supporterons-nous les cris d’indignation à chaque tentative de traiter ces déviances en profondeur ?
Le simple recours aux mots magiques tels que « révolution », « démocratie », « dignité » est devenu une stratégie pour éviter des débats structurés. Les retards et les injustices accumulés dans notre société sont colossaux, justifiant souvent les revendications exprimées. Cependant, résoudre ces problèmes nécessitera du temps et de la prudence de la part des responsables en poste.
Pourtant, ceux qui ont manifesté le 14 janvier ou ont continué à travailler le 15 se permettent de donner des leçons de patriotisme. Ces révolutionnaires de dernière minute, prompts à l’insulte, refusent toute décision qui ne va pas dans leur sens. Ils signent des pétitions à tout bout de champ, démontrant un règne de démagogie et de populisme exacerbé par les médias.
Les conflits catégoriels sont amplifiés, le régionalisme a causé des morts, et le débat de fond est étouffé par des attaques personnelles. La médiocrité et la corruption gangrènent une société malade. La télévision nationale couvre même des manifestations pour des revendications personnelles, éclipsant ainsi les véritables enjeux.
La dégradation civique est inquiétante. Des responsables sont insultés au quotidien, des portes sont forcées au nom de la révolution, et des citoyens réclament des passe-droits au mépris des règles de transparence qu’ils prônent. Le pays est-il condamné à la ruine au nom de la révolution ?
Aucun de nous ne détient la vérité absolue, mais le civisme et la restauration de l’autorité de l’État sont des fondamentaux sur lesquels nous pouvons tous nous accorder. Sans eux, aucun progrès n’est possible.
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