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L’anesthésie-réanimation aujourd’hui : une spécialité médicale péri-opératoire

1998

Voici donc le 31ème  numéro de votre revue d’Anesthésie-Réanimation, qui est aussi le 2ème numéro à paraître sous le titre de Journal Maghrébin D’Anesthésie-Réanimation.

Bien que ce titre ait été adopté par la Fédération des Sociétés Maghrébines d’Anesthésie-Réanimation, il ne remet pas en question notre dimension et notre vocation africaines (-nous sommes tous africains ! -). Nous publions ainsi dans ce numéro un travail de l’équipe d’Anesthésie-Réanimation du Dr Atangana (Yaoundé) qui montre la similitude des préoccupations et de l’approche clinique de nos confrères d’Afrique sub-sahararienne avec les nôtres.

Ce numéro met essentiellement l’accent sur la sécurité anesthésique notamment à l’étape pré-opératoire, et tous les auteurs insistent sur le caractère obligatoire d’une consultation pré-anesthésique bien menée, et, de ce fait souscrivent implicitement à la conclusion du Dr Atangana, sur l’inutilité d’accumuler des bilans biologiques (dont le coût bien connu est particulièrement dommageable à nos budgets hospitaliers toujours serrés !).

La prescription d’un grand nombre de bilans, avant tout examen clinique, voire tout interrogatoire continue d’être trop souvent la règle dans nos hôpitaux, et pourrait être qualifiée du «triomphe de la technique sur le bon sens» (1)

Imaginerait-on un gastro-entérologiste ne voir son patient en consultation que si celui ci se présente avec une échographie abdominale, un abdomen sans préparation, une fibroscopie et un bilan hépatique systématique ?

Par ailleurs, s’il est indispensable que les consultations pré-anesthésiques soient instaurées, encore faut-il aussi qu’elles soient bien exploitées, et que les données recueillies soient bien interprétées et conduisent à l’attitude adéquate :

Ainsi nos confrères marocains nous incitent à la plus grande vigilance en soulignant  avec beaucoup d’honnêteté et d’esprit critique les risques d’une découverte per-opératoire de phéochromocytomes, qui auraient pu être soupçonnés chez des patients pourtant hypertendus et vus en consultation pré-anesthésique.

Enfin, la consultation pré-anesthésique sert également à préparer le malade et à diminuer par exemples les risques péri-opératoires par la réalisation d’une transfusion autologue différée ainsi que l’expose le Dr Kaabachi (Tunis)

La qualité et la fiabilité de nos consultations pré-anesthésiques est une condition nécessaire pour faire de notre pratique, non pas simplement un adjuvant (certes indispensable) au traitement chirurgical, mais la véritable «médecine péri-opératoire», que nous ambitionnons de mettre en place dorénavant, et qui doit se développer en tant que discipline médicale en dehors des limites du bloc opératoire (2). Nous en possédons les ressources intellectuelles et techniques du fait de la polyvalence de notre formation d’Anesthésistes-Réanimateurs.

Enfin, et c’est là un point essentiel, cette perception qui est la nôtre est partagée par notre ministère de tutelle, ainsi que l’atteste la circulaire ministérielle 78/90 du 2 octobre 1990. 

Cette circulaire insistait déjà sur la nouvelle conception des rapports de notre spécialité avec les autres (particulièrement la chirurgie) et recommandait la création d’un service autonome d’anesthésie-réanimation chaque fois que possible au sein des hôpitaux. Elle insistait notamment sur l’omniprésence de l’anesthésiste-réanimateur avant, pendant et après l’acte chirurgical. Enfin, un paragraphe de cette circulaire était consacré à l’organisation d’une consultation pré-anesthésique devant évaluer le risque anesthésique même chez les patients devant subir un acte endoscopique ou radiologique.

En fait, cette circulaire d’avant garde recommandait la création de départements d’anesthésie-réanimation dans les hôpitaux, et elle reste de toute actualité près de 10 ans plus tard (3).

La réalisation de cet ambitieux programme national est amorcée, et sa réussite sera notre «challenge» pour les prochaines années ! 

(1) Trinkle J.K., Richardson J.D., Franz J.L et al. : Management of flail chest without mechanical ventilation. Ann. Thorac. Surg 1975 ; 19 :355-362

Ce jugement était la conclusion des auteurs sur l’utilisation systématique de la ventilation artificielle en traumatologie thoracique, mais cela nous paraît très bien illustrer la situation qui prévaut encore trop souvent dans nos pratiques pré-opératoires africaines et nord-africaines !

(2) Euro’anesthesie (Journal Européen d’Anesthésie-Réanimation : publication du laboratoire Roche) N°12. Septembre 1999

Editorial (l’anesthésie sort du bloc), entretien avec le Dr R.A. Thieme Groen, Président de la NVA (Nederlandse Vereniging voor Anesthesiologie), et commentaire du Pr Ph. Scherpereel (CHU Lille).

(3) Circulaire n° 78/90 du 2 octobre 1990 : organisation des activités d’anesthésie-réanimation dans les hôpitaux. (M. Dali Jazi).

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