À l’instant où tu rejoins ta dernière demeure, je ne pourrai pas physiquement être présent à 10 heures à Sidi Abdellaziz. Mais l’absence du corps n’est rien quand l’âme refuse de s’éloigner.
Depuis cette horrible matinée de samedi, je pleure, je te pleure ; je n’ai que ce refuge pour apaiser ma douleur. La nouvelle est tombée sur nous comme la foudre ; ton image ne m’a pas quitté. Elle s’impose à moi avec une douceur douloureuse : un sourire, une voix, une manière de regarder le monde. Tout est encore là, suspendu dans ma mémoire, comme si le temps avait hésité à poursuivre sa course.
La nouvelle a frappé sans prévenir. Il y a des instants qui divisent une vie en deux : avant et après. Celui-ci en fait partie. On croit toujours avoir le temps — le temps de rappeler, de revoir, de dire encore une fois ce qui compte. Puis, soudain, il n’y a plus que le silence.
On s’était promis de dîner ensemble lors de ton prochain séjour à Paris, et puis Meriem t’a offert le plus beau cadeau qu’un être humain puisse espérer : tu es devenu grand-père, et nous avons reporté ce rendez-vous. Aujourd’hui je m’en veux de n’avoir pas tout fait pour partager quelques instants avec toi, mais je ne pouvais deviner que le destin serait si cruel.
Ce matin je ne serai pas aux côtés de tes innombrables amis, de tes frères Hmaida et Khaled, de tes sœurs, de tes cousins Bechir et Hachemi, de tes cousines, de La Marsa toute entière lorsque la terre se refermera. Cette terre que tu chérissais jusqu’à en perdre la raison. Je ne serai pas là, mais je serai là autrement : debout seul dans le souvenir de nos paroles échangées, de nos débats musclés, dans ces éclats de rire qui résonnent encore, de cette inépuisable énergie que tu imprimais à chaque action que tu entreprenais, dans cette incapacité à m’écouter en m’interrompant continuellement par tes « écoute, Bams… ».
Je t’aimais passionnément, Slim. Je peux te le dire maintenant que tu n’es plus là.
On dit que l’on rejoint une « dernière demeure », comme si la fin était une adresse. Peut-être est-ce plutôt un passage, un déplacement hors de notre regard. Car ceux que nous aimons ne disparaissent pas tout à fait : ils se déplacent dans notre mémoire, ils habitent nos gestes, ils surgissent dans nos pensées au détour d’une rue ou d’un matin.
À 10 heures, à Sidi Abdellaziz, je penserai à toi avec une infinie tendresse. Et si mes pas ne foulent pas cette terre, mon cœur, lui, s’y inclinera.
Certaines présences ne s’éteignent pas.
Elles deviennent lumière intérieure.
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