« Aux États-Unis, les électeurs étaient appelés à voter lors de primaires démocrates du Michigan pour le Sénat .
Docteur Abdul El-Sayed (de parents égyptiens) a remporté cette élection. AIPAC (American Israel Public Affairs Committee) a dépensé 80 millions (un record) de dollars pour soutenir sa concurrente Haley Stevens qui était soutenue par plusieurs figures de l’establishment du parti, dont le chef de file démocrate au Sénat Chuck Schumer »
Il y a dans la démocratie américaine une faille structurelle que l’on préfère nommer « pluralisme ». On nous dit que tout groupe d’intérêt peut plaider sa cause devant le Congrès, que l’argent parle mais que le peuple tranche. C’est joli, sur le papier. Mais que se passe-t-il lorsqu’un lobby dépense 127 millions de dollars en un seul cycle électoral, fait tomber des élus du parti au pouvoir, et place soixante-six de ses anciens cadres au cœur de l’administration fédérale ? On ne parle plus de pluralisme. On parle d’occupation souterraine du pouvoir.
L’AIPAC n’est pas un lobby comme les autres. C’est une machine de précision chirurgicale qui ne défend pas une cause américaine, elle défend la politique d’un État étranger, Israël, avec une constance et une efficacité qui feraient pâlir d’envie ELNET en France.
En 2024, pendant que 55 % des Américains désapprouvaient les bombardements sur Gaza, le Congrès votait 18 milliards de dollars d’aide militaire supplémentaire. Pendant que l’opinion publique basculait, l’AIPAC investissait 14.5 millions de dollars pour faire perdre Jamaal Bowman, un élu noir du Bronx qui avait osé questionner l’inconditionnalité de ce soutien.
Le message était limpide : la critique d’Israël n’est pas une opinion, c’est un crime de lèse-lobby.
Mais revenons à l’essentiel. Une démocratie peut-elle se permettre qu’une organisation, héritière d’une entité enregistrée comme agent étranger par le Département de la Justice en 1963, dicte sa politique étrangère au point de paralyser toute alternative ?
Car c’est bien cela qui se joue.
L’AIPAC ne cherche pas à convaincre l’Amérique que la politique israélienne sert ses intérêts. Il cherche à faire coïncider la politique américaine avec celle d’Israël, qu’elles coïncident ou non.
Et le plus souvent, elles ne coïncident pas.
Prenons la mesure du désastre diplomatique. Les États-Unis ont dépensé un siècle de crédit moral au Moyen-Orient en soutenant aveuglément l’expansion coloniale, le blocus de Gaza, et la guerre totale menée par le gouvernement le plus extrême de l’histoire israélienne.
Washington est devenu incapable de jouer le rôle d’arbitre.
Dans le Sud global, dans les capitales arabes, même en Europe, on ne voit plus un médiateur : on voit un client captif. Un empire qui paie, qui arme, qui couvre au Conseil de sécurité de l’ONU et qui, en retour, voit sa crédibilité s’éroder comme une falaise sous la marée.
On nous objectera que l’alliance avec Israël sert la sécurité américaine, qu’elle constitue un rempart contre l’Iran. C’est un argument d’apparence rationnelle, mais il ne résiste pas à l’analyse historique.
Depuis 2001, les guerres américaines au Moyen-Orient, toutes plus ou moins dictées par la logique de sécurité israélienne et les néoconservateurs qui en partagent l’orthodoxie ont coûté des milliers de vies américaines, des billions de dollars, et ont donné naissance à des chaos dont le monde entier paie encore le prix.
Rempart ou piège ?
La frontière est tenue.
Ce qui frappe, en réalité, c’est la forme du pouvoir. L’AIPAC n’a pas besoin de conspirer dans l’ombre. Il agit au grand jour, avec la complaisence d’un système électoral qui autorise l’achat des législateurs. Il endosse des républicains qui ont tenté d’annuler l’élection présidentielle de 2020, pourvu qu’ils jurent allégeance à l’État hébreu.
Il transforme le débat sur le Proche-Orient en tabou sacralisé, où la moindre conditionnalité de l’aide militaire est qualifiée d’antisémitisme. Il réduit la complexité d’une région entière à un slogan binaire : « avec nous ou contre nous ».
Or, une démocrature n’est pas seulement un régime où le vote est truqué. C’est aussi un régime où le vote existe, mais où les décisions importantes ont déjà été prises ailleurs. Quand 19 % des Américains portent une vue « très défavorable » sur Israël, le double de 2022 et que le Congrès continue d’approuver des transferts d’armes sans débat, on assiste à une déconnexion oligarchique (concernant la guerre au Moyen-Orient ceci est particulièrement vrai un peu partout en occident)
Le peuple n’est plus souverain. Il est témoin.
L’AIPAC n’est pas le diable de l’histoire. Il est le symptôme d’une démocratie américaine malade de son propre système, où l’argent a été élevé au rang de langue officielle du pouvoir. Mais il est aussi l’illustration parfaite d’un danger plus vaste : celui où les intérêts d’une nation sont confisqués par une minorité organisée, disciplinée, et richissime, qui confond l’amitié entre peuples avec la soumission politique.
Il est temps de poser la question que Washington refuse d’entendre : un allié qui vous empêche de défendre les intérêts de vos concitoyens, est-il encore un allié ou est-il devenu votre geôlier ?
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